Préserver les grandes compétences : pour que naissent les « Madior de demain » (Par Pape Modou Fall)

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La grandeur d’une nation ne se mesure pas uniquement à la solidité de ses institutions ou à la vigueur de son économie. Elle se mesure également à sa capacité à reconnaître, préserver et transmettre les compétences exceptionnelles qui constituent son patrimoine intellectuel. Les grands universitaires, les chercheurs et les maîtres de savoir sont les bâtisseurs silencieux de l’avenir. Leur héritage dépasse leur personne : il appartient à toute une nation et, souvent, à l’humanité.

Le Professeur Ismaïla Madior Fall fait incontestablement partie de ces figures d’exception. Constitutionnaliste de renom, juriste de haut niveau, enseignant passionné et pédagogue reconnu, il a marqué plusieurs générations d’étudiants par la rigueur de son enseignement, la profondeur de ses analyses et son engagement constant au service du droit public.

Durant des décennies, il a contribué à former des magistrats, des avocats, des enseignants-chercheurs, des administrateurs civils et de nombreux décideurs qui participent aujourd’hui au fonctionnement des institutions sénégalaises et africaines. Son influence dépasse largement les amphithéâtres de l’université : elle se retrouve dans les administrations, les juridictions, les facultés de droit et les centres de recherche du continent.

Dans toute démocratie, les institutions judiciaires doivent accomplir leur mission en toute indépendance, dans le respect des droits de chacun et des principes de l’État de droit. Ce principe est fondamental et ne souffre d’aucune contestation. Mais il est tout aussi essentiel de rappeler qu’au-delà des procédures, une société doit veiller à ne pas laisser s’éteindre les grandes intelligences qui font sa richesse.

Les compétences rares ne se fabriquent pas en quelques années. Elles sont le fruit d’un long parcours de travail, de recherche, d’expérience et de sacrifices. Lorsqu’un pays dispose de personnalités capables de transmettre un savoir de cette qualité, il a le devoir moral de préserver cette capacité de transmission, car elle représente un investissement stratégique pour les générations futures.

L’Afrique a besoin de constitutionnalistes d’excellence. Elle a besoin d’universitaires capables de former une jeunesse qui portera demain les idéaux de justice, de démocratie, de séparation des pouvoirs et de protection des libertés fondamentales. Le Sénégal, qui a toujours été une référence en matière de formation juridique, doit continuer à jouer ce rôle de locomotive intellectuelle.

Former un juriste, ce n’est pas seulement enseigner des textes de loi. C’est apprendre à raisonner, à argumenter, à défendre les principes de justice, à faire vivre la Constitution et à placer le droit au-dessus des intérêts particuliers. Cette mission exige des maîtres expérimentés, capables de transmettre non seulement un savoir, mais également une méthode, une éthique et une vision.

Les universités les plus prestigieuses du monde sont devenues des références parce qu’elles ont su préserver leurs grands professeurs et assurer la continuité de leur héritage scientifique. Le Sénégal doit s’inscrire dans cette même logique d’excellence.

Notre pays gagnerait à créer les conditions permettant à ses meilleurs enseignants de continuer à partager leur expertise, à encadrer la recherche et à inspirer les nouvelles générations. Les jeunes étudiants africains ont besoin de modèles, de mentors et de références académiques capables de leur montrer que l’excellence est possible.

Préserver une compétence, ce n’est pas défendre un privilège. C’est protéger un patrimoine immatériel construit au fil des décennies. C’est investir dans la formation des élites de demain. C’est donner une chance aux futurs juristes de bénéficier de l’expérience de ceux qui ont consacré leur vie à la science du droit.

Au-delà des circonstances, au-delà des débats et des divergences, il est essentiel de penser à l’avenir. Car un pays qui cesse de transmettre son savoir compromet sa propre capacité à se renouveler.

Souhaitons que le Sénégal continue d’être cette terre où la justice suit son cours avec sérénité, où les droits de chacun sont pleinement garantis et où les grandes compétences continuent d’éclairer les générations montantes.

Car préserver les grands maîtres d’aujourd’hui, c’est permettre l’émergence des « Madior de demain », ces femmes et ces hommes qui feront vivre demain le droit, la Constitution et l’État de droit en Afrique et dans le monde.

 

Par Pape Modou FALL
Président de RAVIE – DËGG MOO WOOR

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