Visa américain sous caution : Une mesure qui inquiète Horizon Sans Frontières

Boubacar Seye
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La perspective d’imposer, pour certains demandeurs de visa américain, une caution pouvant atteindre 20 000 dollars suscite des interrogations sur l’égalité d’accès à la mobilité internationale. Dans une analyse, Boubacar Sèye, consultant et chercheur en migrations internationales et président de Horizon Sans Frontières, estime que cette exigence risque de transformer la capacité financière en véritable critère de mobilité.

La politique migratoire américaine pourrait-elle consacrer une mobilité internationale à deux vitesses ? C’est l’inquiétude exprimée par Horizon Sans Frontières face à la possibilité pour les autorités américaines d’exiger de certains demandeurs de visa une caution pouvant atteindre 20 000 dollars. Présentée comme un mécanisme destiné à prévenir les dépassements de séjour et à renforcer le respect des règles migratoires, cette mesure soulève, selon Boubacar Sèye, une question fondamentale : celle du rapport entre richesse et droit de voyager.

Pour de nombreux citoyens africains, une telle somme représente une charge financière particulièrement lourde. Même lorsqu’elle est remboursable à la fin du séjour, la caution suppose d’abord de pouvoir mobiliser et immobiliser une somme importante pendant une période déterminée. Une contrainte qui, selon l’auteur, pourrait exclure de fait des voyageurs disposant pourtant de garanties suffisantes quant à leur projet et à leur retour.

Dans son analyse, Boubacar Sèye met en garde contre l’instauration d’une forme de « présomption économique ». Deux personnes présentant un projet de voyage similaire, disposant des mêmes attaches professionnelles ou familiales et offrant des garanties comparables pourraient ainsi être traitées différemment en fonction de leurs ressources financières.

Pour le président de Horizon Sans Frontières, la richesse ne saurait constituer une garantie absolue contre le non-respect des règles migratoires, pas plus que la modestie financière ne devrait être assimilée à un risque migratoire. Il redoute ainsi l’émergence d’une mobilité internationale où les personnes les plus aisées pourraient circuler plus facilement tandis que les citoyens modestes, notamment ceux des pays du Sud, verraient leurs possibilités de déplacement se réduire.

L’organisation estime également que le durcissement des conditions d’accès aux voies légales pourrait produire l’effet inverse de celui recherché. Lorsque les procédures deviennent trop coûteuses ou financièrement inaccessibles, certains candidats au départ peuvent être tentés de recourir à des itinéraires irréguliers, plus dangereux et davantage exposés aux réseaux de traite, de trafic et d’exploitation.

Horizon Sans Frontières rappelle que les migrations répondent à des causes multiples : chômage, manque de perspectives, inégalités économiques, conflits, instabilité politique, conséquences du changement climatique ou encore insuffisance des voies légales de mobilité. Pour l’organisation, la réponse à l’immigration irrégulière ne peut donc pas reposer uniquement sur l’instauration de nouvelles barrières financières.

Face à ces enjeux, Boubacar Sèye appelle à renforcer la coopération internationale, à développer des mécanismes de mobilité légale et à mettre en place des politiques de développement permettant de mieux prendre en compte les causes profondes des migrations.

Il invite également les États africains, l’Union africaine et les organisations régionales à engager un dialogue avec leurs partenaires afin que les politiques migratoires reposent sur la réciprocité, la responsabilité partagée et le respect de la dignité humaine.

L’objectif, selon lui, ne consiste pas à remettre en cause le droit des États à contrôler leurs frontières, mais à éviter que ce contrôle ne devienne une sélection fondée sur la fortune. « Le contrôle des frontières est légitime. Mais il ne doit pas devenir une sélection par la fortune », défend-il.

Pour Horizon Sans Frontières, l’enjeu dépasse donc la seule question du visa américain. Il renvoie plus largement à l’avenir de la mobilité internationale et à la nécessité de trouver un équilibre entre sécurité des États, maîtrise des flux migratoires et respect des droits des personnes.

Car, conclut Boubacar Sèye, lorsque la possibilité de voyager dépend de la capacité à immobiliser 20 000 dollars, « la richesse » risque de devenir le passeport des uns et « la pauvreté » la prison des autres.

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