Invité de l’émission « Point de vue » sur la RTS, le coordonnateur du Gradec, Babacar Fall, s’est prononcé sur les tensions persistantes au sommet de l’État, les retards dans la mise en œuvre des réformes ainsi que sur plusieurs dossiers liés à la transparence et à la gestion des deniers publics.
Alors que les camps proches du président de la République et du président de l’Assemblée nationale s’accusent mutuellement, Babacar Fall appelle à dépasser les lectures partisanes. Selon lui, la situation actuelle traduit avant tout une divergence politique entre deux hommes qui ont longtemps porté le même projet.
« Ce sont deux personnes qui étaient ensemble, qui se sont séparées. Ils ont des visions différentes et chacun essaie de créer son sillon », analyse-t-il. Le coordonnateur du Gradec se montre toutefois préoccupé par les conséquences de cette confrontation sur la marche du pays. S’il estime que les institutions ne sont pas encore bloquées, il redoute qu’une prolongation de la crise ne finisse par ralentir davantage l’action publique.
« Si les choses continuent telles quelles, on pourrait arriver effectivement à une situation de blocage et à un retard dans la mise en œuvre des réformes », avertit-il. Pour Babacar Fall, le principal problème réside notamment dans le retard pris dans la concrétisation des engagements annoncés par les nouvelles autorités. Il rappelle les différents dialogues nationaux organisés depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau régime, notamment sur la justice et le système politique. À ses yeux, plusieurs consensus issus de ces concertations tardent encore à être traduits en actes.
« Toutes les conclusions, tous les consensus obtenus dans le cadre de ces dialogues n’ont pas encore connu de mise en œuvre. Là, quand même, c’est un problème », déplore-t-il. Sur les questions de bonne gouvernance et de reddition des comptes, Babacar Fall estime que les principes défendus par les nouvelles autorités doivent s’appliquer à tous, sans distinction politique. « Ce que nous souhaitons, c’est qu’on puisse aller jusqu’au bout. Que personne ne soit protégé », insiste le responsable du Gradec.
Il cite notamment les dossiers Cosmos Energy et Azur, qui suscitent de nombreuses interrogations. Il appelle les corps de contrôle et les institutions compétentes à mener des enquêtes approfondies afin de faire toute la lumière sur ces affaires.
Concernant Cosmos Energy, il revient sur la polémique autour des 55 millions de dollars, soit près de 30 milliards de francs CFA, présentés comme un manque à gagner pour l’État. Face aux différentes versions avancées, il estime que seule une investigation sérieuse permettra d’établir la vérité et les éventuelles responsabilités. « Quel que soit le bord où l’on se situe, il y a un devoir de vérité », rappelle-t-il.
Au-delà des affrontements politiques, Babacar Fall redoute surtout que les préoccupations des Sénégalais soient reléguées au second plan. La situation économique et financière, la dette, l’agriculture ou encore le chômage des jeunes figurent, selon lui, parmi les défis qui nécessitent une attention urgente des pouvoirs publics.
« On a l’impression qu’on est dans un jeu de ping-pong. Chaque camp a l’impression d’avoir raison. Mais en définitive, la conséquence, c’est qu’on n’avance pas. Et malheureusement, c’est le peuple aujourd’hui qui pâtit de tout cela », déplore-t-il.
Pour le coordonnateur du Gradec, l’urgence est donc de sortir de la confrontation politique et de renouer avec la mise en œuvre effective des réformes promises aux Sénégalais. « La lumière doit être faite sur l’ensemble de ces dossiers. C’est le plus important », conclut Babacar Fall.



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