Le régime du président Bassirou Diomaye Faye traverse une zone de turbulences majeures. Confronté à un bras de fer politique inédit avec le PASTEF (Parti des Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail l’Ethique et la Fraternité) et à une menace d’implosion du climat social à quelques jours des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ), le Chef de l’État et son gouvernement doivent manœuvrer sur deux fronts particulièrement explosifs.

Au sommet de l’État, les divergences économiques éclatent désormais au grand jour. Lors d’une prise de parole publique, ce lundi, Ousmane Sonko, président du parti au pouvoir Pastef, a annoncé sans détour que ses députés à l’Assemblée nationale ne voteraient pas le projet de Loi de finances rectificative (LFR) 2026 dans sa version actuelle.
Fustigeant fermement des arbitrages financiers jugés incompatibles avec les promesses de rupture sociale, le leader de Pastef pointe du doigt les orientations économiques préconisées par les partenaires financiers internationaux, au premier rang desquels figure le Fonds monétaire international (FMI). Selon la direction du parti, céder aux exigences d’austérité et de rigueur budgétaire imposées par ces bailleurs extérieurs reviendrait à sacrifier les couches populaires et à renier le contrat social conclu avec le peuple sénégalais lors de la présidentielle.
« Le groupe parlementaire Pastef ne votera pas la loi de finances rectificative en l’état. Il n’est me question que nous soyons complices de choix qui feraient peser le coût de l’ajustement sur les populations. Nous constatons une baisse des crédits alloués aux priorités sociales comme l’éducation et la formation professionnelle, ainsi qu’une réduction drastique des subventions aux produits pétroliers, qui passent de 790 à 552 milliards FCFA. Si le gouvernement n’apporte pas de réponses concrètes à ces manquements, l’Assemblée nationale prendra ses responsabilités. C’est l’heure de vérité », a déclaré le président de l’Assemblée nationale.

Ce refus catégorique de délivrer un chèque en blanc au gouvernement expose au grand jour une fracture institutionnelle majeure et crée une incertitude politique inédite au cœur même de la majorité. En bloquant l’adoption de ce texte budgétaire clé, le groupe parlementaire Pastef place l’Exécutif dans une impasse opérationnelle, risquant de paralyser le financement de plusieurs programmes publics prioritaires si un compromis d’urgence ou une révision profonde de la copie budgétaire n’est pas négociée dans les plus brefs délais.
En parallèle des tensions à l’Hémicycle, la rue et les syndicats accentuent la pression sur l’Exécutif. Ce mardi 20 octobre, plusieurs centaines de travailleurs sont descendus dans les rues de Dakar à l’appel du Front syndical pour la défense du travail (FSDT), collectif regroupant 13 centrales issues des secteurs clés de la santé, de l’éducation et de l’électricité. Cette manifestation ouvre la voie à une grève générale de 72 heures, prévue les 21, 22 et 23 octobre 2026. Le mouvement a reçu un soutien de poids avec le ralliement du Syndicat des Travailleurs de la Justice (SYTJUST), qui dénonce l’érosion du pouvoir d’achat, les questions d’emploi, de retraite et le non-respect des engagements sociaux pris par les pouvoirs publics.
Face à la menace de paralysie, le gouvernement tente de désamorcer la crise. Lors d’une conférence de presse commune, le ministre de la Fonction publique, Mamadou Lamine Dianté, et son collègue de l’Éducation nationale, Moustapha Guirassy, ont exprimé leur incompréhension face aux mots d’ordre de grève. Concernant le bilan du ministère de la Fonction publique, Mamadou Lamine Dianté rappelle que sur les 84 engagements du Pacte de stabilité sociale, 35 sont entièrement réalisés et 25 sont en cours d’exécution. Il met en avant la promulgation du Code du travail, la généralisation de l’indemnité de logement, la régularisation des enseignants décisionnaires et des milliers de recrutements en cours dans la santé et l’éducation.

Du côté de l’Éducation nationale, Moustapha Guirassy souligne que 99 % des points du protocole d’accord arrivant à échéance à fin octobre ont été traités, incluant le paiement intégral des indemnités des formateurs externes (2023-2025) et plus de 75 % des indemnités d’examen. Pour l’appel à la responsabilité nationale, l’Exécutif sollicite un moratoire jusqu’à janvier, date de la prochaine session du comité de pilotage, pour poursuivre les négociations. Les ministres rappellent le risque d’image majeur pour le Sénégal à l’approche des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ), tout en avertissant que l’État veillera à la continuité du service public et à la liberté du travail.
Entre un parti présidentiel intransigeant sur les arbitrages budgétaires et des syndicats décidés à paralyser le pays pour faire entendre leurs revendications, le président Bassirou Diomaye Faye fait face à son épreuve politique la plus délicate depuis son élection. La gestion simultanée de cette crise parlementaire et de ce conflit social déterminera la capacité du gouvernement à préserver la stabilité et l’image de la nation.


Laisser un commentaire