LE SENEGAL A VAU- L’EAU TEL UN BATEAU IVRE
Si l’on met ensemble les multiples facteurs de dégradation de la structure socio-économique dont les effets cumulatifs sont paralysants, le moins qu’on puisse dire est que la situation devient explosive de nos jours,à la suite de presque trois années d’errance dans la gouvernance du Sénégal.
En effet, nous continuons d’assister à la persistance et l’aggravation d’une crise financière aiguë depuis 2024 provoquée par la perte de confiance des partenaires économiques et financiers du Sénégal, induisant un mauvais endettement sur les marchés financiers sous régionaux à des taux d’intérêts prohibitifs et périodes de maturité courte. Cette tendance lourde négative vient d’être confirmée par l’agence de notation MOODY’S avec la mention Caa2 qui nous rapproche du défaut de paiement à court terme.
Pendant ce temps, la croissance économique hors hydrocarbure a baissé depuis 2024 du fait de l’absence d’investissements publics structurants et de la perte de confiance du secteur privé national résultant de la dette intérieure non payée et de la mauvaise gouvernance du secteur.
Nous avons assisté également durant la période par effet d’entrainement, à la montée drastique du taux de chômage en milieu urbain comme en milieu rural, à la baisse du pouvoir d » achat des consommateurs durant la période, à la crise dans le monde du travail et de l’entreprise, aux scandales financiers dans l’utilisation des fonds publics et la guerre institutionnelle entre l’exécutif et le législatif qui pollue d’avantage l’environnement des affaires ;
La dynamique d’investissement que le Sénégal avait connu ces dernières années, venait d’être anéantie par les nouvelles autorités dès l’entame de leur magistère avec les stigmatisations sur la dette publique du Sénégal, les annonces de renégociation des contrats, l’arrêt de grands et de multitudes petits chantiers de construction, l’asphyxie fiscale auprès des ménages et entreprises et la détérioration de l’environnement des affaires par une gouvernance économique hasardeuse.
Ces mesures malencontreuses prises ont semé le foutoir partout dans notre économie, faisant perdre la confiance et prouvant qu’on est plus dans une sorte d’inquisition économique, plutôt que d’avoir affaire à de véritables artisans du développement économique. La source de toutes nos difficultés financières provoquant une tension de trésorerie dans notre pays, est constituée par le recul de la croissance économique hors hydrocarbures autour de 2% alors qu’elle frôlait les 7% dans la période avant 2024.
L’approche doctrinale de l’ancien régime de la politique budgétaire et de l’endettement était une approche du creusement du déficit pour financer l’investissement et, de ce fait, stimuler l’activité économique dans son ensemble selon les principes de la théorie post keynésienne et de la convergence des systèmes et de la technostructure ; l’essentiel, c’est de ne pas entrer dans le surendettement, or, le surendettement est loin d’être atteint au Sénégal.
Les néo-souverainistes, quant à eux, veulent procéder à l’équilibre budgétaire, à l’inexistence d’un déficit budgétaire ou, tout au moins, à un déficit budgétaire réduit si l’on considère une approche dynamique de l’évolution du PIB en temps réel, laquelle approche, au vu des capitaux internes limités dans nos pays, va ralentir les investissements et donc la croissance économique, et favoriser le chômage et l’inflation, des phénomènes que nous constatons de nos jours, alors que le Sénégal était dans une phase d’une bonne phase d’accumulation interne du capital qui a connu un net ralentissement.
Le but était de rechercher des moyens pour stimuler une forte croissance économique afin de remonter la pente, après l’impact de la crise sanitaire (Covid en 2020), de la crise climatique (inondations 2021, 2022) et de la crise sécuritaire (djihadisme à nos portes) sur l’économie. S’endetter pour investir à la suite de chocs exogènes, c’est développer un plan de relance pour fouetter l’activité économique et la croissance afin de remonter la pente. Nous pouvons dire que durant toute la période 2019-2022, le Sénégal était frappé par des chocs exogènes au point qu’il avait fallu développer des politiques volontaristes pour capter des capitaux extérieurs en vue de booster la croissance.
Les Usa sont à 125% d’endettement, la France a 111%, le Japon à 225% d’endettement, par rapport à leur Pib, alors que le Sénégal est autour de 90% si l’on prend l’option de considérer le niveau actuel du PIB par l’intégration des revenus tirés des hydrocarbures et dans d’autres nouveaux secteurs productifs.
Le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz affirmait que «la croissance économique durable repose sur l’investissement». C’est aussi ce que Thomas Piketty confirmait : «La dette publique n’est pas un problème en soi, c’est l’absence de croissance qui l’est.» C’est dire que les néo-souverainistes sont dans l’approche d’une économie fermée, aux antipodes d’une économie ouverte basée sur la multipolarité pour favoriser des investissements structurants. Or, l’économie sénégalaise, dans sa structuration actuelle, est une économie ouverte, d’abord sur la sous-région et la région en termes d’échelle pour la compétitivité, ensuite sur le monde.
Dès lors, l’approche néo-souverainiste du nouveau régime est en inadéquation avec la structure actuelle de l’économie sénégalaise et va nous mener, s’il n’y a pas de changement de cap, au désinvestissement et recul de la croissance économique, ce que nous constatons de nos jours. Si seulement nous prenons la contribution autour de presque la moitié du budget national de la diaspora sénégalaise dans le Pnb, dans un pays où l’épargne nationale des agents économiques reste faible, nous comprendrons qu’on est dans une situation d’une économie ouverte. Si également nous prenons le potentiel du secteur touristique jadis florissant, qui apportait beaucoup de devises et d’emplois à notre pays, nous aboutirons aux mêmes conclusions d’une économie ouverte.
Au-delà de l’exploitation du pétrole et du gaz qui est une avancée majeure pour l’économie sénégalaise, des marges extraordinaires de croissance économique existent dans notre pays, surtout dans le secteur industriel du métal, des phosphates ou d’autres ressources minières importantes et du tourisme. Il suffit de pouvoir capter des capitaux pour investir en restaurant la confiance des partenaires multilatéraux et bilatéraux. Rien que le secteur touristique apporte à la France plus de 100 milliards d’euros, là où les Etats-Unis et la Chine sont les économies mondiales attirant le plus d’investissements directs étrangers.
La préoccupation principale de tout pouvoir public, c’est de mettre en place les conditions optimales pour un bon environnement des affaires afin de développer la propension à mobiliser des capitaux étrangers et nationaux pour investir. Nous sommes désolés que les pouvoirs publics actuels continuent de surfer dans un néo souverainisme idéologique suranné en déphasage avec le réalisme économique, alors que la demande sociale se fait croissante. Il est temps de réagir vigoureusement, car, la machine commence à se gripper.
Il y lieu très vite de prendre des mesures de sauvegarde pour éviter à notre pays le naufrage collectif à l’image du bateau le Joola dont la commémoration de la date anniversaire s’approche à grands pas.
Kadialy Gassama, Economiste.
Rue Faidherbe X Pierre Verger
Rufisque



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