C’est une page qui se tourne pour Macky Sall, et peut-être l’ouverture d’une autre. L’ancien président a annoncé samedi 17 octobre 2026, le retrait de sa candidature au poste de Secrétaire général des Nations unies, au lendemain du vote informel organisé à New York. Ce scrutin informel a vu sa candidature se heurter à l’opposition de trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Il affirme rester engagé pour la paix et la coopération internationale, mais une question se pose désormais à Dakar : que va-t-il faire de son énergie, de son réseau et de son temps ?

Pour Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, le moment est délicat. Leur duo, qui avait porté le slogan « Diomaye moy Sonko », traverse une crise ouverte. Les deux hommes s’éloignent l’un de l’autre, transformant une alliance historique en un duel prématuré, alors que la présidentielle de 2029 reste lointaine. En mai, le chef de l’État mettait en garde contre une « personnalisation excessive » du Pastef, sous-entendant que le parti est plus grand qu’un seul homme. De son côté, Sonko a déclaré que rien ne pouvait l’empêcher d’être candidat.
Dans une querelle de ce type, celui qui n’est pas impliqué peut en tirer profit. Plus la rivalité s’installe au sommet, plus un troisième acteur expérimenté peut s’engouffrer dans la brèche. Macky Sall a dirigé le Sénégal pendant douze ans. Il connaît l’État, les rouages du pouvoir et les réseaux, au Sénégal comme à l’étranger. Sa campagne onusienne, quel qu’en ait été le résultat, lui a permis de se remettre en selle sur le plan diplomatique. Elle a aussi eu lieu avec le soutien du Sénégal, acquis en juillet, preuve que les lignes entre l’ancien et le nouveau pouvoir ne sont pas aussi étanches qu’on le dit.
Dans le débat public, certains évoquent déjà un rapprochement entre Diomaye et l’ancien président face à Sonko. Des commentateurs vont jusqu’à évoquer un possible deal politique si Macky Sall accédait au poste de secrétaire général de l’ONU. Même sans l’ONU, l’hypothèse n’a pas disparu : soutenir Diomaye, en échange d’un apaisement judiciaire et politique pour son camp, serait une manœuvre à la hauteur de la réputation de stratège de Macky Sall.

L’autre option est de revenir lui-même dans la course. Il lui faudrait pour cela lever plusieurs obstacles : la question juridique de l’éligibilité (la Constitution limite les mandats consécutifs, ce qui nourrit déjà les débats), le poids du bilan de son régime et une opinion encore marquée par les violences de la période 2021-2024. Une partie de l’opinion lui reproche toujours, entre autres, des morts lors des manifestations et la dette cachée. Un retour au bercail pourrait lui couter sa liberté si les enquêtes le mettent en cause.
Il serait imprudent de présenter Macky Sall comme un favori. Il a perdu le pouvoir en 2024 face à un raz-de-marée populaire, et une large partie de la jeunesse reste hostile à son retour. Mais en politique, l’usure du pouvoir joue aussi contre les nouveaux dirigeants. Si les promesses de rupture se heurtent au quotidien des Sénégalais, la nostalgie ou le pragmatisme peuvent changer la donne.
Déjà lors de sa dernière venu au Sénégal, en marge de sa campagne pour l’ONU, l’ancien président s’était payé un immense bain de foule. Plusieurs de ses soutiens ont envahi le trajet qui devait le mener au Palais de la République. Des images qui faisaient dire à beaucoup d’observateurs de la scène publique que Macky gardait toujours sa légitimité populaire. Mais suffira-t-elle à lui servir de protection pour tenter…la présidentielle de 2029 ?

Diomaye et Sonko doivent-ils craindre Macky ? Probablement pas comme un adversaire immédiat, mais comme un acteur dont ils ne peuvent plus ignorer les choix. Candidat, allié ou arbitre, l’ancien président n’a pas dit son dernier mot. Et à trois ans de l’échéance, c’est la division du camp au pouvoir qui lui offre sa meilleure carte. Mais le prédécesseur de Diomaye traine un handicap : son retour au Sénégal est compromis par les événements de 2021 à 2024 !


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