PASTEF-Kiiraay…mettre la politique en pause pour répondre à l’urgence
Le Sénégal traverse une période où les préoccupations économiques et sociales occupent une place centrale dans la vie des ménages. Depuis plusieurs semaines, le débat politique est largement dominé par les tensions entre les différentes composantes de l’ancien tandem au pouvoir, notamment autour des rapports entre le PASTEF et Kiiraay-Les Patriotes républicains. À l’Assemblée nationale comme dans l’espace gouvernemental, les divergences prennent de plus en plus de place dans le débat public. Pourtant, pour une grande partie de la population, la priorité demeure beaucoup plus concrète : pouvoir se nourrir, se soigner, se déplacer et subvenir aux besoins de la famille.

Les tensions politiques entre les deux formations ne sont pas imaginaires. Kiiraay, créé autour du président Bassirou Diomaye Faye, a récemment pris position sur plusieurs dossiers portés par des députés du PASTEF, notamment concernant la déclaration de patrimoine du chef de l’État et l’encadrement des crédits spéciaux. Ces dossiers ont contribué à alimenter les désaccords entre l’exécutif et la majorité parlementaire dirigée par Ousmane Sonko. Mais au-delà des batailles institutionnelles, une question mérite d’être posée : jusqu’où ces affrontements politiques peuvent-ils occuper l’espace public alors que les ménages attendent surtout des réponses à leurs difficultés quotidiennes ?
Les chiffres officiels invitent pourtant à ne pas minimiser la question du coût de la vie. Selon l’ANSD, les prix à la consommation ont progressé de 1 % entre juin et juillet 2026, même si l’évolution sur un an reste limitée à 0,3 %. L’agence statistique relève notamment une forte progression de certains produits alimentaires. Les légumes-fruits frais ont ainsi augmenté de 26,2 % sur un mois, tandis que les légumineuses vertes ont progressé de 21,9 %. Ces variations ne signifient pas que tous les produits augmentent au même rythme, mais elles montrent pourquoi le ressenti des consommateurs peut être beaucoup plus difficile que ne le laisse penser le seul taux d’inflation annuel.
La viande et le poisson sont également concernés par cette évolution. Les données relayées à partir des statistiques de l’ANSD font état, en juillet, d’une hausse mensuelle de 1,4 % des prix de la viande fraîche et de 4,1 % pour les poissons vivants, frais ou réfrigérés. Pour les familles dont le budget repose essentiellement sur les produits alimentaires, quelques centaines de francs supplémentaires sur plusieurs articles peuvent rapidement peser sur les dépenses mensuelles. Le problème ne se résume donc pas à un chiffre global : il se mesure aussi dans les arbitrages que les ménages doivent effectuer au moment de remplir leur panier.

Dans ce contexte, PASTEF et Kiiraay auraient intérêt à considérer l’urgence sociale comme une priorité commune, indépendamment de leurs divergences politiques. La compétition entre formations, les positionnements militants et les débats sur le contrôle des institutions font partie de la démocratie. Mais ils ne devraient pas occulter les attentes immédiates de la population. Une majorité de Sénégalais n’attend pas seulement des responsables politiques qu’ils défendent leurs positions respectives ; elle attend également des résultats mesurables sur l’alimentation, l’emploi, l’énergie, le logement, le transport et le pouvoir d’achat.
Mettre la politique en pause ne signifierait pas renoncer au débat démocratique. Il s’agirait plutôt d’accorder temporairement la priorité à des dossiers susceptibles d’avoir un impact direct sur la vie des citoyens. Le gouvernement, le Parlement et les formations politiques disposent de leviers différents, mais complémentaires, pour travailler sur la production locale, l’approvisionnement des marchés, la surveillance des circuits de distribution, la lutte contre les pratiques commerciales abusives et l’amélioration de la productivité agricole et halieutique. La hausse de certains produits frais est notamment liée, selon l’ANSD, à une baisse de l’offre consécutive à la fin de la campagne maraîchère.
Cette situation appelle également une communication politique plus responsable. Lorsque le débat public se transforme en affrontement permanent, le risque est de détourner l’attention des politiques publiques elles-mêmes. Les citoyens ont besoin de savoir quelles mesures sont envisagées, combien elles coûtent, quels résultats sont attendus et dans quels délais. Ils ont surtout besoin de pouvoir distinguer les décisions gouvernementales des promesses partisanes. Sur les questions aussi sensibles que les prix, la transparence des données et la confrontation des chiffres officiels doivent rester au cœur du débat.

Le PASTEF comme Kiiraay disposent aujourd’hui d’une responsabilité particulière, compte tenu de leur proximité historique et politique et de leur poids dans les institutions actuelles. Leurs divergences peuvent être débattues et même assumées publiquement. Mais elles gagneraient à ne pas devenir une fin en soi. Les Sénégalais ont besoin d’un pouvoir qui travaille, d’un Parlement qui légifère et contrôle, et de formations politiques capables de défendre leurs convictions sans perdre de vue les réalités sociales. La politique ne peut conserver sa crédibilité que lorsqu’elle reste connectée aux préoccupations de ceux au nom desquels elle est exercée.
L’urgence, finalement, est moins de savoir qui remportera la prochaine bataille politique que de savoir qui apportera des réponses aux difficultés actuelles. Les légumes, le poisson, la viande et les autres produits essentiels ne connaissent ni majorité parlementaire ni appartenance partisane. Leur prix concerne tous les ménages. PASTEF et Kiiraay peuvent continuer à défendre leurs visions respectives tout en ouvrant une période de responsabilité collective, consacrée prioritairement au pouvoir d’achat, à l’emploi, à la production et à la stabilité économique. Pour les Sénégalais, c’est peut-être aujourd’hui la meilleure manière de rappeler que la politique n’a de sens que lorsqu’elle améliore concrètement la vie quotidienne.