Le président d’AGIR-Les leaders, Thierno Bocoum, critique la gestion du pouvoir par Pastef et sa majorité parlementaire. L’ancien député dénonce les tensions au sommet de l’État, s’interroge sur les motivations des commissions d’enquête parlementaires et estime que les préoccupations des Sénégalais passent au second plan derrière les rivalités politiques.
Thierno Bocoum affirme que les promesses de transformation faites aux Sénégalais ont progressivement laissé place à une mise en scène politique. Il rappelle avoir alerté, lorsqu’il était encore dans l’opposition avec Pastef, sur ce qu’il qualifie de « fourberie politique », de populisme et de contradictions.
« Lorsque nous étions encore ensemble dans l’opposition, j’avais alerté sur la fourberie politique, le populisme et les contradictions de Pastef. On m’avait alors affublé d’une étiquette : “Opposant de l’opposition”. Le pouvoir est venu et avec lui, la confirmation progressive de mes inquiétudes », déclare-t-il.
Selon le président d’AGIR-Les leaders, les difficultés liées à l’emploi, au pouvoir d’achat, à l’électricité, aux inondations et au coût de la vie illustrent le décalage entre les engagements annoncés et les résultats attendus. « Sur bien des fronts, les promesses ont pris de l’avance sur les réalisations », déplore-t-il.
L’ancien parlementaire revient également sur ses réserves concernant la composition de la liste de Pastef aux élections législatives. Il estime que celle-ci répondait moins à la volonté de constituer une majorité au service des Sénégalais qu’à la préparation d’un rapport de force avec le président de la République autour du contrôle du pouvoir. Pour lui, les tensions actuelles au sommet de l’État confortent cette lecture.
Thierno Bocoum critique aussi le rôle de la majorité parlementaire, qu’il accuse d’avoir davantage accompagné l’action du pouvoir que contrôlé celle-ci pendant près de deux ans, avant de se retrouver au cœur de l’affrontement politique actuel.
S’il reconnaît que le contrôle de l’action publique constitue une mission fondamentale de l’Assemblée nationale, il s’interroge sur les motivations des initiatives d’enquêtes parlementaires. Il soupçonne une stratégie visant à utiliser ces commissions comme arguments politiques pour justifier une éventuelle dissolution de l’institution.
« L’Assemblée nationale a été dissoute parce que nous voulions faire toute la lumière sur les scandales et éclairer la lanterne des Sénégalais », ironise-t-il, évoquant le discours qui pourrait, selon lui, être présenté à l’opinion publique. L’ancien député met également en doute la capacité de certains élus à conduire des investigations sérieuses. « Certains ne savent même pas lire les questions qu’on leur soumet. D’autres ne comprennent manifestement pas les réponses qu’ils reçoivent », affirme-t-il.
Il rappelle qu’une commission d’enquête parlementaire n’est pas un tribunal et met en garde contre toute tentative d’orienter les auditions afin d’incriminer des personnes avant que les faits ne soient établis.
Le président d’AGIR-Les leaders soulève par ailleurs la question de la transparence dans la gestion financière de l’Assemblée nationale. Il soutient que, depuis le début de la législature, le budget de l’institution n’aurait fait l’objet d’aucun rapport de la commission de comptabilité et de contrôle sur l’état des recettes et des dépenses adressé à l’Assemblée nationale.
« On ne peut pas réclamer la transparence chez les autres tout en laissant planer le doute sur sa propre gestion », estime-t-il.
Pour Thierno Bocoum, l’Assemblée nationale est devenue le théâtre des rivalités politiques au sein du pouvoir. Il résume cette évolution par une formule : « Nous sommes ainsi passés de Projet-Pastef à Pastef-Prod. »
Il considère que le projet de transformation annoncé a cédé la place à une succession de polémiques et de séquences politiques destinées à entretenir la mobilisation militante.
En conclusion, Thierno Bocoum appelle les gouvernants à se recentrer sur les priorités nationales et invite les Sénégalais à mettre fin à ce qu’il qualifie de « parenthèse du divertissement permanent ». « Un peuple ne se nourrit pas de polémiques. Il ne se développe pas à coups de slogans », insiste-t-il.
Le président d’AGIR-Les leaders termine par une mise en garde : le Sénégal ne doit pas devenir « une immense scène de théâtre, où des acteurs politiques jouent leur partition pendant que les Sénégalais paient le prix du spectacle ».



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