Vie chère et électricité…le régime de Diomaye face aux vieux démons du pouvoir

La « marche des paniers vides » organisée samedi à Dakar remet la question du pouvoir d’achat au cœur du débat national. Des perturbations dans la fourniture d’électricité sont notées ces derniers jours. Deux dossiers qui rappellent au régime de Bassirou Diomaye Faye les difficultés auxquelles ses prédécesseurs ont été confrontés et qui, à plusieurs reprises, ont nourri le mécontentement populaire. Entre hausse des prix et électricité, le pouvoir est désormais attendu sur sa capacité à éviter les erreurs du passé.

1788744249450

La « marche des paniers vides » organisée samedi 5 septembre à Dakar constitue un nouveau signal d’alerte pour le régime de Bassirou Diomaye Faye. À l’appel du collectif « 30 Jours pour le Juste Prix », plusieurs dizaines de Sénégalais sont descendus dans les rues pour dénoncer la cherté de la vie et la baisse du pouvoir d’achat. Pancartes, paniers et ustensiles de cuisine vides ont servi de symboles à une colère dirigée contre le coût des denrées, des loyers et de l’électricité. Les slogans « Dund gi dafa seer » et « Woyofal bi dafa seer » résument le malaise exprimé dans la rue.

Cette mobilisation intervient alors que le gouvernement est déjà confronté à un autre sujet particulièrement sensible : l’électricité. Des perturbations sont notées dans plusieurs localités du pays en pleine chaleur. Le problème est que, dans l’imaginaire politique sénégalais, le mot « délestage » renvoie immédiatement à une période que le pouvoir ne souhaite certainement pas revivre.

Sous le régime d’Abdoulaye Wade, les coupures d’électricité étaient devenues un véritable casse-tête pour les autorités. En 2011, des populations de plusieurs quartiers de Dakar étaient descendues dans la rue pour protester contre des coupures qui pouvaient durer de longues heures. La crise énergétique était alors devenue l’un des principaux symboles du mécontentement populaire.

Quelques mois plus tard, la situation allait prendre une dimension politique beaucoup plus importante. En juin 2011, l’exaspération provoquée par les coupures de courant avait contribué à de violentes manifestations dans plusieurs localités du pays. La crise de l’électricité était devenue l’un des symboles de la contestation contre le pouvoir. Le gouvernement avait alors dû multiplier les annonces et les mesures pour tenter de rétablir durablement la fourniture. Cette séquence reste une leçon politique majeure : lorsqu’un problème touche directement le quotidien des ménages, il peut rapidement se transformer en crise de confiance envers le régime.

Le parallèle avec 2026 doit toutefois être manié avec prudence. Les perturbations notées actuellement sont présentées comme liées notamment à des travaux programmés et à une contrainte technique ponctuelle affectant WAE. Il ne s’agit donc pas, à ce stade, de prétendre que le Sénégal connaît une crise électrique comparable à celle de 2011. Mais le risque politique est réel : dans un pays où les délestages ont déjà été au cœur d’une forte contestation populaire, toute répétition durable des coupures peut rapidement devenir un sujet politique majeur.

L’autre terrain sur lequel le régime actuel doit tirer les leçons du passé est celui des prix. La question n’est pas nouvelle au Sénégal. En 2011, année particulièrement difficile sur le front du pouvoir d’achat, les prix à la consommation avaient augmenté de 3,4 %, tandis que les produits alimentaires et boissons non alcoolisées avaient enregistré une hausse de 6,7 %. Face à la pression exercée sur les ménages, les autorités avaient notamment eu recours à des mesures de contrôle et de stabilisation de certains prix. L’expérience montrait déjà les limites d’une politique consistant à agir uniquement sur les prix sans régler durablement les problèmes d’approvisionnement et de distribution.

1788744259796

C’est précisément sur ce terrain que le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye doit éviter de tomber dans le piège des annonces sans effets durables. Dans plusieurs filières, les mécanismes de fixation ou de recommandation des prix ont montré leurs limites lorsque les réalités du marché, les coûts de transport, les difficultés de stockage ou encore les conditions d’approvisionnement ne sont pas suffisamment prises en compte. La question n’est donc pas seulement de proclamer un « juste prix », mais de faire en sorte que ce prix soit réellement applicable et contrôlable sur le terrain. À défaut, l’écart entre les décisions annoncées et les prix effectivement payés par les ménages risque de nourrir davantage la frustration.

Le signal envoyé samedi par les manifestants est d’autant plus important que les revendications ne concernent plus uniquement l’alimentation. Le loyer, l’électricité et les dépenses quotidiennes se retrouvent désormais au cœur du mécontentement. La manifestation a ainsi montré que la question du pouvoir d’achat tend à devenir globale : ce n’est plus seulement le prix du riz, de l’huile ou de l’oignon qui préoccupe les familles, mais l’ensemble des dépenses qui pèsent sur leurs revenus.

Le régime de Bassirou Diomaye Faye dispose donc encore d’une marge pour éviter le scénario vécu par ses prédécesseurs. Avec la « marche des paniers vides » et les nouvelles perturbations, le régime actuel reçoit un avertissement précoce. À lui de démontrer qu’il a réellement retenu les leçons du passé, avant que l’électricité et la vie chère ne deviennent à leur tour les symboles d’un pouvoir accusé de ne pas avoir vu venir la colère sociale.

La rédaction de Xibaaru

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *