Talla Sylla dénonce une « démission de la pensée » et tire sur Boubacar Boris Diop
Dans une tribune au ton particulièrement critique, Talla Sylla, président de Jëf Jël, s’attaque à la récente sortie médiatique de l’écrivain Boubacar Boris Diop. Il dénonce ce qu’il considère comme une dérive de la pensée critique vers le militantisme partisan et appelle les intellectuels sénégalais à renouer avec la rigueur, l’indépendance d’esprit et le respect des institutions républicaines.
Sous le titre « De la démission de la pensée : quand l’intellectuel se fait courtisan », Talla Sylla place d’emblée son propos sous le signe de l’exigence intellectuelle. Pour lui, dans les périodes de fortes tensions politiques, les intellectuels ont une responsabilité particulière : éclairer le débat public plutôt que se laisser emporter par les passions partisanes.
S’appuyant sur la célèbre notion de « trahison des clercs » développée par Julien Benda, il estime que l’intellectuel renonce à sa mission lorsqu’il abandonne la recherche de la vérité pour devenir le défenseur d’une faction. C’est précisément ce qu’il reproche à Boubacar Boris Diop, dont il juge la récente prise de position excessivement favorable à Ousmane Sonko et critique à l’égard du président Bassirou Diomaye Faye.
Le premier point de désaccord porte sur l’interprétation de l’accession de Bassirou Diomaye Faye à la présidence de la République. Talla Sylla conteste vivement l’idée selon laquelle le « péché originel » du chef de l’État résiderait dans le fait qu’Ousmane Sonko ait demandé aux Sénégalais de voter pour lui.
Pour le président de Jëf Jël, cette lecture revient à minimiser le rôle du suffrage universel. Il rappelle que le président de la République tire sa légitimité du vote des citoyens et non d’une quelconque relation personnelle avec celui qui l’a soutenu politiquement.
Il considère ainsi que vouloir présenter le chef de l’État comme le débiteur politique d’un « bienfaiteur » reviendrait à installer une logique de « vassalité institutionnelle ». Or, insiste-t-il, « la totalité appartient au peuple souverain, et à lui seul ».
Talla Sylla reproche également à Boubacar Boris Diop d’interpréter les décisions du président de la République à travers une grille essentiellement partisane. L’exercice des prérogatives constitutionnelles du chef de l’État, notamment en matière de nominations, serait ainsi présenté, selon lui, comme la manifestation d’un problème personnel ou d’un déficit de légitimité.
L’auteur de la tribune conteste cette approche et estime que l’indépendance de l’Exécutif ne devrait pas automatiquement être assimilée à une rupture avec les aspirations ayant porté le nouveau pouvoir. Il dénonce surtout une lecture qu’il juge déséquilibrée, dans laquelle le président Bassirou Diomaye Faye serait systématiquement présenté sous un jour négatif tandis qu’Ousmane Sonko bénéficierait, à l’inverse, d’une lecture largement favorable.
« Lorsque la pensée se réduit à la canonisation d’un acteur et à la diabolisation systématique de l’autre, elle cesse d’être une analyse pour devenir de la propagande », affirme Talla Sylla.
La question diplomatique constitue un autre point de divergence. Talla Sylla revient sur la position de Boubacar Boris Diop concernant la candidature de l’ancien président Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies.
Le président de Jëf Jël estime qu’un État doit être capable de dépasser ses divisions internes lorsqu’un de ses ressortissants prétend accéder à une fonction internationale majeure. À ses yeux, le soutien diplomatique à un compatriote ne devrait pas être automatiquement interprété comme une approbation de son bilan politique.
Il défend ainsi une conception de l’intérêt national qui doit, selon lui, transcender les querelles politiques internes. Pour Talla Sylla, « la grandeur d’une Nation se mesure à sa capacité à transcender ses clivages internes lorsque son drapeau peut flotter au sommet du monde ».
Dans la dernière partie de sa tribune, Talla Sylla élargit sa critique à la question du fonctionnement des institutions. Il reproche à certains acteurs de dénoncer les atteintes à la démocratie lorsqu’elles viennent du camp adverse, tout en se montrant indulgents face à des pratiques similaires lorsqu’elles profitent à leur propre camp.
Face à cette situation, il propose de faire de « l’hygiène institutionnelle » la véritable boussole de la vie politique sénégalaise. Celle-ci devrait reposer, selon lui, sur le respect des textes, la séparation des pouvoirs et la reconnaissance du peuple comme seul arbitre de la légitimité politique.
« La politique n’est pas une affaire d’idolâtrie », écrit-il, appelant les acteurs politiques et intellectuels à ne pas transformer le débat public en affrontement entre figures adulées et figures diabolisées.
Talla Sylla invite les intellectuels sénégalais à retrouver leur indépendance et leur capacité à questionner tous les pouvoirs, sans distinction de camp. Il estime que l’avenir du Sénégal ne peut reposer ni sur les postures politiques ni sur les prédictions alarmistes, mais sur la solidité des institutions et la maturité démocratique des citoyens.
« Ne donnons le monopole de la pensée à personne ; gardons la totalité de notre esprit critique pour la République », conclut le président de Jëf Jël.