Amadou Guèye : « La priorité du Sénégal, c’est la reprise économique, pas les élections locales »
Pour Amadou Guèye, président de l’UNIS, le Sénégal doit avant tout consacrer ses efforts à la relance économique plutôt qu’à l’organisation des prochaines élections locales. Dans une déclaration critique à l’égard du pouvoir, il appelle au report du scrutin à 2027, voire à 2028, estimant qu’une nouvelle séquence électorale risquerait de détourner l’attention des priorités sociales et économiques du pays.
« La reprise économique est la priorité des Sénégalais et non les élections locales. » C’est autour de cette conviction que s’articule la position défendue par Amadou Guèye. Le président de l’UNIS estime que l’organisation des élections locales dans le contexte actuel pourrait mobiliser pendant plusieurs mois l’essentiel des acteurs politiques et institutionnels, au détriment des urgences économiques.
Selon lui, un nouveau rendez-vous électoral risquerait de ralentir davantage une économie déjà fragilisée par plusieurs facteurs. Il évoque notamment les répercussions de la guerre au Moyen-Orient sur les cours du pétrole, les tensions au sein de l’Exécutif, ainsi que les difficultés rencontrées par certains chantiers et leurs conséquences sur le secteur privé et l’emploi.
Pour le responsable politique, le Sénégal aurait déjà consacré une partie importante de son énergie à des confrontations politiques au cours des dernières années. « Après un mi-mandat de conflits qui ont bloqué les attentes du Sénégal », estime-t-il, replonger immédiatement le pays dans une nouvelle campagne électorale serait « irresponsable ».
Amadou Guèye considère toutefois qu’une dynamique de reprise commence à se dessiner avec l’action du nouveau gouvernement. Une dynamique qu’il juge encore fragile et qui, selon lui, mérite d’être consolidée avant toute nouvelle échéance électorale. « Il serait suicidaire de menacer cette dynamique en mettant toute l’énergie du pays dans des élections qui ne changeront aucunement la situation », soutient-il.
Le président de l’UNIS met également en avant la situation sociale. Il souligne la persistance de la hausse du coût de la vie et les difficultés d’insertion professionnelle des jeunes. Dans ces conditions, consacrer plusieurs mois à une campagne électorale et mobiliser d’importantes ressources financières pour le scrutin constituerait, à ses yeux, une mauvaise utilisation des priorités nationales.
« La politique ne nourrit pas les populations », affirme-t-il, appelant les autorités, les élus locaux, les acteurs politiques et les forces vives à consacrer les prochains mois à la relance économique plutôt qu’aux joutes électorales.
L’UNIS préconise ainsi le report des élections locales à la fin de 2027, voire à 2028 si la conjoncture internationale demeure défavorable. Amadou Guèye évoque également la possibilité de recourir, si nécessaire, à des délégations spéciales en attendant une amélioration de la situation.
Le président de l’UNIS profite également de cette prise de position pour dresser un réquisitoire contre le bilan économique et politique du PASTEF et du Premier ministre Ousmane Sonko. Il estime que le pouvoir dispose depuis plusieurs années de suffisamment de temps pour démontrer son efficacité économique, mais qu’il aurait, selon lui, contribué à prolonger les difficultés du pays.
Amadou Guèye appelle ainsi à rompre avec ce qu’il qualifie de « politique continue » et d’« agenda d’incompétence », pour privilégier ce qu’il considère comme les véritables urgences nationales. « La priorité, c’est l’économie. Tout le reste peut attendre », martèle-t-il.
Dans la même logique, le président de l’UNIS s’en prend directement à Ousmane Sonko, dont il conteste l’influence sur l’agenda politique national. Il accuse l’ex Premier ministre d’être à l’origine de tensions susceptibles, selon lui, de fragiliser la stabilité du pays et appelle le chef de l’État à prendre les dispositions nécessaires pour la préserver.
Amadou Guèye met également en cause la question de la légalité autour du retour d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale. Il estime que les circonstances de cette accession constituent une violation de la loi et reproche à une partie de la société civile de ne pas avoir suffisamment dénoncé cette situation.
Pour le président de l’UNIS, le débat sur les élections locales ne peut donc être dissocié de celui sur les priorités économiques du Sénégal. Il appelle les autorités à préserver la stabilité et à concentrer leurs efforts sur la relance, l’emploi et l’amélioration des conditions de vie, estimant que la consolidation de l’économie doit primer sur les échéances politiques.
« La démocratie compte, mais pas plus que l’économie sans laquelle il n’y a ni démocratie, ni stabilité », conclut Amadou Guèye.