Absence de Macky…le grand vide d’un APR en sursis face aux locales
Alors que tout le monde épilogue sur les prochaines élections territoriales, l’Alliance pour la République (APR) tente d’occuper le terrain médiatique en exigeant le strict respect du calendrier électoral. Dans un communiqué récemment rendu public, la formation politique de Macky Sall réaffirme son attachement aux principes démocratiques, à la prévisibilité des scrutins et à la stabilité des institutions républicaines. Le parti interpelle directement le gouvernement afin que toutes les dispositions requises soient prises sans délai pour empêcher tout report tardif.

Pour les responsables de l’APR, les consultations populaires doivent obligatoirement demeurer « connues, prévisibles et respectées ». Le parti au pouvoir pendant douze ans refuse catégoriquement que les échéances nationales dépendent des « contingences politiques du moment » ou de décisions administratives tardives. Il insiste sur le fait qu’il ne saurait y avoir ni « report de fait » ni « prolongation de fait » pour les mandats des élus territoriaux sortants.
Pourtant, derrière cette posture légaliste et ce rappel à l’ordre institutionnel se cache une réalité bien plus sombre pour l’ancienne majorité. En réclamant avec insistance la tenue du scrutin à date échue, l’APR cherche avant tout à masquer un retard abyssal dans la préparation de ses propres troupes. Depuis la fin du mandat présidentiel et le retrait de son fondateur Macky Sall, le parti semble englué dans une léthargie organisationnelle et politique sans précédent.
L’absence d’un leadership incontesté sur le théâtre politique national depuis le départ de Macky Sall a laissé un vide sidéral au sommet de l’appareil partisan. Privée de son guide naturel en mesure d’arbitrer les rivalités internes, la formation apériste peine à remobiliser ses bases militantes. L’APR donne l’image d’une structure désorientée, incapable de renouveler son discours et d’incarner une opposition incisive.

Cette crise d’incarnation et d’orientation a provoqué une vague ininterrompue de démissions au sein des instances dirigeantes comme parmi les militants de la première heure. De nombreux cadres et responsables locaux, se sentant livrés à eux-mêmes ou anticipant une déroute électorale, choisissent de rendre leur tablier. Ces départs en cascade vident le parti de sa substance militante et affaiblissent considérablement son maillage territorial à l’approche de la campagne.
Pour aggraver la situation de l’APR, la recomposition politique en cours s’accélère avec l’émergence de nouvelles forces. La création du parti « Kiiraay-Les Patriotes Républicains », impulsée dans le cadre des réarrangements du camp présidentiel, exerce un pouvoir d’attraction très fort. De nombreux élus territoriaux marron-beige, en quête de survie politique, lorgnent désormais vers Kiiraay et risquent de quitter définitivement l’APR pour sauver leur ancrage local.
Pendant que l’APR s’épuise à colmater ses fuites et à réclamer un calendrier strict, le PASTEF (Parti des Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail l’Ethique et la Fraternité) aussi renforce méthodiquement ses assises à travers tout le pays. Le parti au pouvoir capitalise sur ses succès électoraux récents pour structurer ses comités de base et consolider son emprise sur les collectivités locales. Cette occupation terrain systématique accentue davantage le décalage entre la majorité et une opposition apériste à la traîne.

Face à un PASTEF conquérant et à la menace de fuite de ses exécutifs locaux vers des partis comme Kiiraay, la posture de l’APR ressemble à une fuite en avant. Exiger de la visibilité sur les différentes étapes menant au scrutin est un droit démocratique, mais sur le plan purement tactique, le parti aborde ces échéances dans une position de grande vulnérabilité organisationnelle.
En réclamant un scrutin dans les temps sans avoir réussi à enrayer les démissions ni à réorganiser ses rangs, l’APR prend le risque de courir au-devant d’un revers majeur. Si la formation politique ne parvient pas très rapidement à resserrer les rangs et à stopper la saignée vers Kiiraay et Pastef, les élections territoriales pourraient entériner définitivement son déclin du paysage politique sénégalais.