Tchad : Succès Masra gracié avec huit autres opposants

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Condamné à 20 ans de prison et détenu depuis plus d’un an, l’ancien Premier ministre tchadien et chef du parti d’opposition Les Transformateurs, Succès Masra, a bénéficié vendredi d’une grâce présidentielle accordée par le président Mahamat Idriss Déby. Huit autres responsables politiques de l’opposition ont également été concernés par cette mesure, présentée comme un geste en faveur de l’unité nationale et de la réconciliation.

Le président tchadien Mahamat Idriss Déby a accordé, vendredi 14 août, une grâce présidentielle à Succès Masra, ancien Premier ministre et figure majeure de l’opposition. Le décret présidentiel prévoit une « remise totale des peines privatives de libertés » pour les personnes concernées par la mesure.

Succès Masra purgeait depuis plus d’un an une peine de 20 ans de prison. L’opposant avait été condamné pour « diffusion de message à caractère haineux et xénophobe » et « complicité de meurtre », dans une affaire liée aux violences meurtrières de Mandakao, dans le sud du Tchad.

La justice tchadienne avait notamment retenu contre lui un message vocal datant de 2023, auquel elle attribuait un rôle dans le déclenchement des affrontements survenus deux ans plus tard à Mandakao. Ces violences avaient fait au moins 41 morts.

La grâce présidentielle concerne également huit dirigeants de partis membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), une plateforme de l’opposition. Condamnés en mai à huit ans de prison, ils avaient été reconnus coupables d’avoir fomenté une insurrection, selon l’AFP.

Dans le camp de Succès Masra, la décision présidentielle est accueillie favorablement. Le vice-président des Transformateurs, Dr Ndolembai Sadé Njesada, a salué une décision permettant, selon lui, de favoriser le dialogue et la paix. Il a exprimé l’espoir que les différents acteurs politiques puissent désormais « s’asseoir autour d’une table » afin de contribuer à l’unité nationale.

Le parti Les Transformateurs avait constamment dénoncé le procès de son leader, qu’il considérait comme politique. Cette position était également partagée par plusieurs organisations de la société civile et formations politiques tchadiennes, dont la Coalition pour sauver la démocratie au Tchad (COSADT).

La décision de Mahamat Idriss Déby intervient dans un contexte marqué par des appels croissants à l’apaisement. Dans son discours prononcé à la veille de la fête de l’indépendance, le président tchadien avait insisté sur la nécessité de renforcer l’unité nationale et la réconciliation, tout en annonçant l’octroi de grâces présidentielles.

Le parcours de Succès Masra est étroitement lié aux soubresauts politiques récents du Tchad. Économiste de 42 ans et figure populaire de l’opposition, il avait été contraint de quitter le pays pour le Cameroun à la fin de l’année 2022, après une manifestation violemment réprimée au cours de laquelle de nombreuses personnes avaient été tuées.

Il était retourné au Tchad l’année suivante dans le cadre d’un accord conclu avec les autorités tchadiennes à Kinshasa. Quelques mois plus tard, il avait été nommé Premier ministre, à cinq mois de l’élection présidentielle de mai 2024.

Candidat à ce scrutin, Succès Masra était arrivé deuxième avec près de 20 % des suffrages, derrière Mahamat Idriss Déby, qui avait remporté l’élection.

Sa libération, ainsi que celle des huit responsables politiques du GCAP, constitue désormais un geste politique majeur dans un pays confronté à de fortes tensions depuis plusieurs années. Elle pourrait ouvrir la voie à une nouvelle séquence de dialogue entre le pouvoir et l’opposition, alors que les autorités tchadiennes affichent leur volonté de placer l’unité nationale et la réconciliation au cœur de leur discours politique.

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