Deuxième de la présidentielle du 24 mars 2024, Amadou Ba est désigné comme chef de l’opposition par une partie de la classe politique. Plus de deux ans après, son positionnement reste discuté. Face à lui, la figure d’Abdoulaye Wade, opposant historique pendant un quart de siècle, rappelle ce que fut longtemps ce rôle au Sénégal.
Arrivé second derrière Bassirou Diomaye Faye, Amadou Ba occupe la place de chef de l’opposition et devait, à ce titre, être l’adversaire du pouvoir en place. Pourtant, ce titre reste politique.
Après la défaite à l’élection présidentiel de 2024, l’ancien Premier ministre a d’abord gardé un silence. En juin 2024, il a annoncé vouloir incarner « une opposition démocratique et républicaine », puis il a lancé en septembre 2024 son mouvement, la Nouvelle Responsabilité (NR). Sa cellule de communication a défendu cette ligne en affirmant que « le temps de l’action doit être distingué de celui de la parole ».
Cette posture a nourri les critiques. Dans nos colonnes, on a pu lire que l’intéressé n’incarnait pas le leadership de l’opposition. Le bilan de 2025 le décrivait comme un chef de l’opposition qui n’a proposé aucun contre-discours ni vision alternative chiffrée. Lui répond par le dialogue : lors du lancement du dialogue national, il a déclaré que refuser de dialoguer, c’est entretenir l’impasse.
En février 2026, il a affiché avec Oumar Sarr, du Front pour la Défense de la République, sa volonté de faire front commun. Plus récemment, la Nouvelle Responsabilité (NR) a lancé la vente de ses cartes de membre, avec 2029 en ligne de mire. Il cultive une voie médiane entre l’opposition radicale et le soutien au pouvoir.
La comparaison avec Wade éclaire le débat. Fondateur du PDS en 1974, il a incarné pendant des décennies une opposition de combat sous Senghor puis Diouf : contestation des résultats électoraux, mobilisation de la rue, passage par la prison en 1988, et slogan du « Sopi » (le changement). Il a même accepté de participer à des gouvernements d’union (1991 et 1995) sans jamais renoncer à son objectif : conquérir le pouvoir. Cette persévérance a abouti à l’alternance de 2000.
Wade offre donc un modèle : une opposition qui a un projet, un parti structuré et…la patience de la durée.
Amadou Ba se trouve dans une situation différente. Issu du système qu’il doit désormais critiquer, il a quitté l’APR et Benno Bokk Yakaar, et doit prouver qu’il peut porter une alternative.
Amadou Ba est opposant, il l’affirme lui-même, mais quelle opposition il veut incarner : celle du dialogue, ou celle de la confrontation. Les années qui viennent diront si cette « nouvelle responsabilité » est une stratégie d’homme d’État ou un excès de prudence.
Mame Penda Sow pour xibaaru.sn



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