And Gueusseum alerte sur un système sanitaire et social « à bout de souffle »

AND GUEUSSEUM
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Dans une lettre ouverte adressée au président de la République, Bassirou Diomaye Faye, l’Alliance des syndicats autonomes de la santé (ASAS) And Gueusseum dresse un tableau préoccupant du système sanitaire et social sénégalais. L’organisation syndicale dénonce des fragilités structurelles, des insuffisances budgétaires et des dysfonctionnements institutionnels qui, selon elle, compromettent la qualité des soins et la protection des populations vulnérables.

L’Alliance des syndicats autonomes de la santé (ASAS) And Gueusseum tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur la situation du secteur sanitaire et social au Sénégal. Dans une lettre ouverte adressée au chef de l’État, l’organisation syndicale estime que le système traverse une période particulièrement difficile, marquée par des tensions sociales, des perturbations récurrentes et des insuffisances qui affectent son fonctionnement.

Pour décrire la situation actuelle, And Gueusseum évoque « une météo lourdement chargée », faisant référence aux mouvements de grève et aux difficultés persistantes rencontrées par les professionnels de santé. Le syndicat parle même d’une « situation de déliquescence avancée », appelant ainsi les autorités à prendre des mesures à la hauteur des enjeux.

L’organisation syndicale s’inquiète notamment de la nouvelle architecture institutionnelle du secteur. Le passage du ministère de la Santé et de l’Action sociale au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique est perçu comme un recentrage dont les conséquences sur l’action sociale suscitent des interrogations.

And Gueusseum dénonce en particulier le démantèlement du département de l’Action sociale, rappelant l’importance des premières Assises historiques de l’Action sociale de 2008. Ces travaux avaient notamment contribué, selon l’organisation, à la formulation de recommandations ayant accompagné l’élaboration de la Loi d’orientation sociale de 2010 et la ratification de la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées.

Le syndicat pointe également la séparation de l’ancienne Direction régionale de la Santé et de l’Action sociale en deux structures distinctes. D’un côté, la Direction de la Santé, redevenue Région médicale ; de l’autre, la Direction de l’Action sociale, que l’organisation juge insuffisamment dotée en ressources humaines, matérielles et financières.

Cette réorganisation soulève également la question des Centres de promotion et de réinsertion sociale (CPRS). And Gueusseum estime que certaines de leurs missions sont désormais susceptibles de se chevaucher avec celles d’autres dispositifs relevant du ministère de la Famille. Le syndicat dénonce ainsi une « duplication institutionnelle » qui pourrait, selon lui, nuire à la lisibilité et à l’efficacité des politiques sociales.

La situation des personnes handicapées figure également parmi les préoccupations majeures exprimées dans la lettre. And Gueusseum estime qu’environ 100 000 cartes d’égalité des chances auraient été délivrées depuis 2014, alors que le nombre potentiel de bénéficiaires serait proche de trois millions.

Pour l’organisation, cet écart traduit les difficultés persistantes dans la mise en œuvre effective des politiques destinées aux personnes en situation de handicap. Le syndicat évoque également la disparition des bourses de sécurité familiale depuis près de deux ans et ses conséquences sur les populations les plus vulnérables.

And Gueusseum estime que cette situation contribue à accentuer la précarité de nombreux bénéficiaires et à aggraver leur exposition à l’extrême pauvreté. Le syndicat établit parallèlement un lien avec les politiques de soins de santé primaires et de santé communautaire.

Il rappelle à ce propos une formule attribuée au SUTSAS : « S.S.P., c’est trop de primaires, peu de soins, pas de santé », utilisée pour illustrer l’écart que l’organisation dénonce entre les ambitions affichées et les réalités du système sanitaire.

La question du financement constitue également un point central de la lettre ouverte. And Gueusseum estime que les ressources consacrées à la santé restent largement insuffisantes au regard des besoins du secteur. L’organisation avance un financement représentant environ 3 % du budget national, soit près de 217 milliards de francs CFA sur un budget annoncé à 7 000 milliards.

Pour le syndicat, cette enveloppe ne permettrait pas de répondre pleinement aux ambitions affichées en matière de couverture sanitaire universelle, de prévention, de santé communautaire et d’amélioration de la qualité des soins.

And Gueusseum reconnaît toutefois certains efforts engagés par les pouvoirs publics, notamment dans le développement des infrastructures sanitaires, la couverture sanitaire, la prévention et différents programmes visant à améliorer l’accès aux soins.

Mais pour l’organisation, la construction ou la réhabilitation d’infrastructures ne saurait constituer à elle seule une politique sanitaire complète. Les établissements doivent également disposer de personnels suffisants, d’équipements fonctionnels, de médicaments disponibles et de moyens permettant d’assurer correctement leurs missions.

Le syndicat insiste ainsi sur la nécessité de replacer les ressources humaines et les moyens de fonctionnement au cœur des politiques publiques. « Construire ou réhabiliter un établissement de santé ne saurait, à lui seul, constituer une politique sanitaire aboutie », soutient-il.

La même exigence est formulée concernant la prévention et la santé communautaire. Pour And Gueusseum, ces politiques nécessitent des investissements conséquents dans les ressources humaines, la surveillance épidémiologique, la vaccination, l’éducation sanitaire, la santé scolaire ainsi que dans la prise en charge des déterminants sociaux de la santé.

L’organisation estime donc que l’évaluation des politiques sanitaires ne doit pas se limiter aux annonces ou aux réalisations visibles, mais doit également prendre en compte les moyens effectivement mobilisés et les résultats obtenus sur le terrain.

« L’ambition politique ne peut durablement se substituer aux moyens budgétaires », martèle le syndicat.

À travers cette lettre ouverte, And Gueusseum demande ainsi au président de la République de renforcer les investissements consacrés à la santé et à l’action sociale. L’organisation appelle surtout à davantage de cohérence entre les objectifs affichés, les ressources mobilisées et les résultats attendus.

Pour le syndicat, les populations attendent désormais des améliorations concrètes dans l’accès aux soins et à la protection sociale, tandis que les professionnels de santé réclament des conditions de travail à la hauteur de leurs responsabilités.

Le message adressé au chef de l’État se veut finalement un appel à l’action : face à un système que l’organisation décrit comme « à bout de souffle », And Gueusseum estime que les annonces doivent désormais laisser place à des décisions concrètes, accompagnées de moyens humains, financiers et institutionnels suffisants.

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