Affaire de la « liste noire »…une légèreté qui éclabousse le MESRI et fragilise le régime

La polémique autour de la « liste noire » des établissements privés d’enseignement supérieur ne cesse de prendre de l’ampleur sur la scène politique sénégalaise. Ce qui devait relever d’un simple document administratif d’évaluation s’est transformé en une affaire embarrassante pour le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), mais aussi pour le pouvoir en place. En cause, la diffusion d’un document présenté comme recensant les structures ne disposant pas d’habilitation pour certains diplômes, avant que le ministère ne tente d’éteindre l’incendie en précisant qu’il s’agissait en réalité d’un outil de travail interne non destiné au grand public.

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La liste polémique

Le communiqué publié ce lundi 5 octobre 2026 par le Secrétariat général du MESRI est particulièrement révélateur de ce malaise institutionnel. Le Directeur général de l’Enseignement supérieur y affirme sans détour que le premier document « l’a été en dehors des circuits de validation du ministère pour les communications officielles ». Cette mise au point tardive pose une question de fond qui secoue l’administration : comment un document d’une telle sensibilité, traitant directement de l’homologation des universités privées et de la validité des diplômes au Sénégal, a-t-il pu fuiter et se retrouver sur la place publique sans aucun filtre ni validation préalable ?

Au-delà de la passe d’armes administrative, c’est la crédibilité même de l’appareil d’État qui se retrouve une nouvelle fois mise à rude épreuve. Une liste désignant nommément des structures d’enseignement supérieur comme hors-la-loi n’est pas un simple projet de texte. Sa publication sauvage a provoqué une onde de choc immédiate : ternir irréparablement la réputation d’écoles implantées depuis des années, semer la panique chez des milliers d’étudiants et leurs parents en pleine période de rentrée, et paralyser les partenariats académiques et professionnels. Une telle communication exigeait une rigueur absolue, des vérifications minutieuses et le respect strict du secret des procédures internes.

Sur les réseaux sociaux (X, Facebook, TikTok), véritable agora de la vie politique sénégalaise, les réactions n’ont pas tardé à s’enflammer. L’opinion publique s’interroge avec véhémence, oscillant entre l’incompréhension face à cette légèreté et des accusations de « pilotage à vue » adressées aux autorités. De nombreux internautes, étudiants ou parents anxieux soulignent la brutalité de la méthode, tandis que les partisans du pouvoir et l’opposition s’affrontent à coups de publications virales, les uns dénonçant des saboteurs internes ou un manque d’expérience, les autres moquant un « amateurisme au sommet » qui met en péril l’avenir des jeunes Sénégalais.

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La mise au point du ministère

La réaction judiciaire des établissements incriminés illustre précisément la gravité des dégâts matériels et moraux occasionnés par cette faille de communication. Des acteurs majeurs de la formation privée, à l’instar de l’ISEG, du CEDS ou du Centre africain d’intelligence stratégique (CISPAIX), ont publiquement rejeté les allégations portées contre leurs diplômes et annoncé le dépôt de plaintes pour diffamation. Le ministère se retrouve ainsi acculé à la défensive, contraint d’avouer qu’il s’agissait d’une communication non validée. Situation bien paradoxale pour la tutelle censée incarner le tiers de confiance et la garantie suprême de la qualité de la formation dans le pays.

Cette séquence porte un coup rude à la cohérence du discours gouvernemental. Dans un paysage politique où chaque prise de parole publique est disséquée par les analystes et l’opposition, ce hiatus flagrant entre un premier document officiel en apparence et une rétraction ultérieure donne l’image néfaste d’une administration qui subit les événements et navigue à vue. Pour un régime qui a bâti toute sa légitimité sur la rupture systémique, la responsabilité, le « Jub, Jubal, Jubanti » et la gouvernance exemplaire, ce type de cacophonie renvoie une image d’impréparation particulièrement dommageable.

La portée de cette affaire dépasse donc le cadre restreint de l’enseignement supérieur pour impacter directement l’image globale du régime en place. Certes, le chef de l’État ne saurait être tenu directement responsable de chaque fuite ou erreur matérielle au sein des ministères. Cependant, lorsque de pareils dysfonctionnements touchent à des intérêts nationaux majeurs et provoquent un tollé républicain, ils finissent inévitablement par poser la question de la maîtrise, de l’autorité et de l’efficacité réelle de l’appareil d’État sous l’ère de la troisième alternance.

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Le plus préoccupant aux yeux des citoyens reste le flou persistant autour des responsabilités individuelles dans ce fiasco opérationnel. Le MESRI promet d’ouvrir une enquête interne pour « situer les responsabilités » et de donner suite aux investigations. Toutefois, ces promesses ne suffiront pas à apaiser les esprits sans des réponses concrètes et publiques : qui a divulgué ce document de travail ? Quels circuits de contrôle ont failli ? Et comment un fichier confidentiel a-t-il pu être estampillé et interprété par la presse comme une décision arrêtée de l’État du Sénégal ?

Pour le département de l’Enseignement supérieur comme pour l’exécutif, l’urgence est désormais d’éteindre la polémique par une transparence totale et sans concession. Le ministère doit publier la liste définitive dûment auditée par les organes compétentes, établir des sanctions administratives claires contre les responsables de la fuite et assumer ses devoirs d’information. Au-delà de la régulation académique, c’est la confiance des citoyens envers l’État qui est engagée. Le pouvoir en place ne peut plus se contenter de promettre la rupture : il doit prouver chaque jour qu’il maîtrise les rouages de la haute administration.

La rédaction de Xibaaru

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