Le sommet de l’État offre aujourd’hui le triste spectacle d’une guerre des tranchées qui s’envenime de jour en jour. La fracture est désormais consommée : l’alliance d’hier entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko a définitivement volé en éclats. Depuis la nomination d’Ahmadou Al Aminou Lo à la Primature, les tensions n’ont cessé de monter d’un cran. Entre les déclarations du nouveau chef du gouvernement et la riposte cinglante des députés de la majorité parlementaire, le pont est totalement coupé. Le dialogue républicain entre le Palais présidentiel et l’Assemblée nationale laisse désormais place à une méfiance réciproque et destructrice.

Pourtant, cette guerre d’usure survient au pire moment pour les populations sénégalaises. Les ménages font face au renchérissement du coût de la vie et aux incertitudes économiques. Le secteur privé national guette l’apurement des 1 956 milliards de FCFA d’arriérés de paiement dus par l’État. Mais au lieu de se concentrer sur ces priorités vitales, l’ex duo s’enlise dans des querelles politiciennes d’un autre âge. Cette paralysie institutionnelle freine les réformes urgentes. Elle affaiblit l’action publique et prive le pays d’une feuille de route claire au moment précis où chaque franc budgétisé compte.
Installé au perchoir de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko et le groupe parlementaire Pastef adoptent une ligne de conduite sans concession. N’ayant plus rien à perdre dans ce face-à-face, la majorité parlementaire a choisi de jouer les sentinelles intransigeantes des promesses de la rupture. Suppression des fonds politiques, contrôle parlementaire préalable sur les contrats pétroliers, refus des coupes budgétaires non négociées : les députés réclament l’application stricte de leur programme initial. En bloquant la Loi de finances rectificative (LFR) 2026 en commission, Pastef entend imposer son rythme et prouver qu’il reste le seul garant de l’agenda de transformation sociale.
Pris en étau entre des recettes fiscales en baisse et des exigences de dépenses sociales accrues, le régime tente d’imposer sa marque à travers un gouvernement d’arbitrage. Son Premier ministre défend le gel technique de 555 milliards de FCFA de crédits d’investissement pour épargner le pouvoir d’achat des ménages face aux chocs extérieurs. Mais faute de concertation préalable, ces ajustements budgétaires sont perçus par le Parlement comme un passage en force. L’arène budgétaire s’est ainsi transformée en un terrain de règlement de comptes. Les points de presse successifs remplacent désormais les discussions de fond dans les commissions parlementaires.

Dans ce climat d’invectives permanentes, le peuple sénégalais refuse d’être le dindon de la farce. Les citoyens n’ont pas voté pour assister à des querelles de clocher ou à des passes d’armes entre figures politiques. Ils demandent des mesures concrètes contre la vie chère, un soutien clair aux entreprises du BTP et une visibilité parfaite sur le calendrier électoral. Les pinaillages juridiques sur l’article 82 de la Constitution et les leçons de procédure ne remplissent pas le panier de la ménagère. Le pays a besoin d’un cap clair et non de justifications techniques assénées depuis les préaux ministériels.
Si le président Diomaye souhaite préserver sa légitimité et espérer briguer un second mandat le moment venu, il doit impérativement fuir ce piège de la surenchère. L’affrontement frontal avec Pastef et son leader au perchoir constitue une erreur stratégique majeure. Une confrontation prolongée risque de paralyser durablement son magistère et d’écorner son image de président rassembleur. Pour éviter l’asphyxie politique de son quinquennat, le chef de l’État doit sortir des postures défensives. Il lui faut abandonner la stratégie du bras de fer avant que le blocage institutionnel ne devienne irréversible.
L’urgence exige aujourd’hui de dépasser l’épreuve du divorce politique pour réinstaurer une gouvernance de résultats. La main tendue du Premier ministre Al Aminou Lo en faveur d’un dialogue institutionnel va dans le bon sens, mais elle reste insuffisante si elle ne s’accompagne pas de gages concrets. L’exécutif doit accepter le débat contradictoire et intégrer les amendements légitimes des députés sur les arbitrages budgétaires. La recherche de compromis républicains n’est pas un signe de faiblesse. C’est la seule voie possible pour rétablir un fonctionnement apaisé des institutions et redonner confiance aux acteurs économiques.

Un régime de solution se définit par sa capacité à écouter et à traduire les attentes populaires en actes tangibles. On ne peut pas diriger un pays en ignorant les signaux d’alerte envoyés par la représentation nationale. Le peuple sénégalais a plébiscité le changement pour obtenir de la stabilité, de la justice sociale et de la transparence dans la gestion des deniers publics. L’exécutif ne doit pas se tromper de combat. Il doit concentrer l’énergie de l’État sur la résolution des problèmes du quotidien au lieu de s’épuiser dans des guerres d’usure médiatiques.
Le salut politique du régime de Diomaye réside dans sa faculté à redresser rapidement la barre et à s’affranchir des logiques de règlements de comptes. Le président de la République doit se placer au-dessus des querelles partisanes et prouver que l’intérêt supérieur de la nation prime sur tout le reste. Tout comme Ousmane Sonko et les députés de Pastef. À ce jeu dangereux où chaque camp teste la résistance de l’autre, la surenchère politique ne fera que des perdants. Sans un sursaut de sagesse immédiat au sommet de l’État, c’est l’espoir de tout un peuple qui risque d’être sacrifié sur l’autel des rivalités personnelles.


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