Auditionné ce lundi 12 octobre 2026 par la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale, l’ancien ministre de l’Urbanisme, Abdou Karim Fofana, est revenu sur les origines du projet « Dak Tower », également appelé « Dakar Towers », les négociations engagées en 2019 et les contreparties accordées au promoteur. Il soutient que la réorganisation foncière visait à régler un contentieux ancien, tout en préservant les intérêts de l’État et certains équipements d’intérêt public.
Le dossier porte notamment sur les conditions de réattribution de terrains au promoteur, les contreparties obtenues par les pouvoirs publics et le risque financier auquel l’État aurait pu être exposé. Face aux interrogations soulevées, l’ancien ministre a mis en avant l’historique du projet et les contraintes juridiques auxquelles les autorités étaient confrontées lors de sa reprise en 2019.
Selon ses explications, l’affaire remonte à la présidence d’Abdoulaye Wade. La société ACC, également désignée sous le nom d’ACC 2000, s’était alors positionnée sur le site du stade Assane Diouf pour y développer un important projet immobilier sur la Corniche Ouest. Le promoteur aurait bénéficié d’un bail portant sur 2,5 hectares et engagé des investissements, notamment des travaux de fondation.
Le projet s’est toutefois heurté à une forte opposition des populations de Rebeuss, mobilisées pour préserver le stade et son rôle dans la vie du quartier. Cette contestation a conduit au gel du chantier. Le dossier est ainsi resté bloqué pendant plus d’une décennie, entre 2005-2006 et 2019, laissant en suspens la situation juridique du promoteur et celle des investissements déjà consentis.
Lorsque le dossier a été repris en 2019 par Abdou Karim Fofana, alors ministre de l’Urbanisme, l’entreprise disposait également d’un agrément au Code des investissements délivré en 2011 par le ministère des Finances. D’après l’ancien ministre, le promoteur menaçait de « saisir la justice pour obtenir la restitution de ses droits ou réclamer des indemnisations importantes ».
L’État devait donc trouver une issue à ce différend afin d’éviter un éventuel contentieux coûteux. La solution retenue a consisté à renégocier les conditions du projet et à revoir son implantation foncière. Abdou Karim Fofana présente cette démarche comme une tentative de concilier les droits revendiqués par l’investisseur, les exigences de l’aménagement urbain et la préservation des intérêts publics.
La réorganisation s’est traduite par une réduction de l’emprise initialement prévue sur le site du stade Assane Diouf. Selon ses explications, plusieurs aménagements ont été intégrés à la nouvelle configuration, notamment « l’élargissement de l’avenue Malick Sy de cinq mètres, la création d’une voie de séparation et la rétrocession d’espaces au profit de la mosquée Omarienne ».
Un espace d’un hectare aurait également été dégagé et remis à la commune de Dakar-Plateau pour permettre « la réimplantation d’un terrain de football répondant aux normes réglementaires, au bénéfice des jeunes de la localité ».
En contrepartie des superficies retirées du site initial et des investissements du promoteur, évalués à l’époque à « environ 15 milliards de francs CFA », l’État lui aurait attribué une assiette foncière de substitution sur les anciens espaces du camp Lat Dior, face à la Corniche. Cette nouvelle implantation devait permettre à l’entreprise de reprendre son projet immobilier en tenant compte des contraintes d’aménagement apparues autour du site initial.
Pour Abdou Karim Fofana, cette réorganisation répondait à un impératif de sécurité juridique. L’ancien ministre estime que l’État « ne peut ignorer indéfiniment les engagements contractuels pris avec les investisseurs sans s’exposer à des procédures judiciaires et à d’éventuelles condamnations financières ».
Il défend ainsi une démarche visant à régler un différend ancien, à permettre la reprise du projet et à intégrer des aménagements présentés comme répondant à l’intérêt général. Les explications fournies ne permettent toutefois pas, à elles seules, de trancher les interrogations sur les conditions précises de la réattribution foncière. L’appréciation de l’équilibre de l’opération dépend notamment de la valeur des terrains concernés, des obligations mises à la charge du promoteur, des engagements contractuels des parties et des contreparties effectivement exécutées.



Laisser un commentaire