Démissions en cascade…PASTEF confronté à une nouvelle équation politique
Le PASTEF (Parti des Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité) vient d’enregistrer une nouvelle série de départs. Trois responsables de la Jeunesse Patriotique du Sénégal (JPS), issus de la circonscription de Keur Massar, ont annoncé leur démission pour rejoindre la dynamique politique portée par le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Ces départs ne constituent toutefois pas un épisode isolé. Ils interviennent après plusieurs autres démissions enregistrées au sein du parti de Ousmane Sonko ces derniers temps.

Abdoul Aziz Sow, ancien coordonnateur de la JPS de Keur Massar Nord et membre du Bureau exécutif de la JPS départementale, a été le premier à officialiser son départ. Dans sa déclaration, il explique avoir pris cette décision « en toute responsabilité et en toute conscience », afin de rejoindre la perspective du nouveau parti porté par le chef de l’État. Tout en quittant PASTEF, il assure maintenir son respect et sa considération à l’égard des militants du parti.
Le même scénario s’est reproduit avec Cheikh Gning, ancien coordonnateur de la JPS de Malika et ancien vice-coordonnateur départemental. Après plusieurs années d’engagement militant, il dit avoir exercé ses responsabilités avec « conviction, loyauté et détermination ». Son départ s’inscrit, selon lui, dans la volonté de poursuivre son engagement politique aux côtés du président Faye, sans pour autant renier son passé militant ni les valeurs qui ont accompagné son parcours au sein de PASTEF.
Le troisième départ est celui de Modou Mar, ancien chargé de communication de la JPS PASTEF de Keur Massar. Militant depuis 2020, il annonce une destination clairement identifiée : KIRAAY – Les Patriotes Républicains. Il affirme quitter PASTEF « la conscience tranquille », après avoir contribué à la communication et à la massification du parti, avant de vouloir mettre désormais son expérience au service de cette nouvelle formation politique.

Pris séparément, ces départs peuvent apparaître comme des choix individuels liés aux trajectoires personnelles de responsables politiques. Mais leur concentration dans un même département, leur proximité dans le temps et le fait qu’ils interviennent après d’autres départs donnent à la séquence une portée politique particulière. Depuis plusieurs semaines, des responsables et militants ont déjà annoncé leur rupture avec PASTEF pour rejoindre, pour certains, la dynamique politique portée par le président Bassirou Diomaye Faye. Cette succession de départs alimente ainsi les interrogations sur l’évolution des rapports de force au sein de la mouvance issue de la victoire présidentielle de 2024.
Cette situation pourrait constituer un sujet de préoccupation pour PASTEF si le phénomène venait à s’étendre à d’autres responsables locaux. En politique, l’implantation territoriale, le maillage militant et la capacité de mobilisation constituent des ressources déterminantes, notamment à l’approche d’élections locales. Une succession de départs de cadres, de responsables de jeunesse ou d’animateurs locaux pourrait donc progressivement affecter la capacité du parti à conserver son influence dans certaines communes et départements.
L’enjeu est d’autant plus important que PASTEF se trouve lui-même dans une posture de demande politique à l’égard du chef de l’État concernant la fixation de la date des prochaines élections. En réclamant que le président Bassirou Diomaye Faye fixe clairement le calendrier électoral, le parti se place dans une logique de préparation et de mobilisation en vue d’un prochain rendez-vous avec les électeurs. Or, une éventuelle érosion de ses effectifs militants, après les différents départs déjà enregistrés, pourrait compliquer cette stratégie, particulièrement dans les territoires où les nouvelles forces proches de la présidence cherchent à s’implanter.
Le risque pour PASTEF ne réside donc pas uniquement dans le nombre de démissions enregistrées, mais dans la possibilité que celles-ci traduisent une recomposition plus profonde de son espace politique. Si des responsables ayant participé à la construction du parti décident progressivement de rejoindre d’autres structures gravitant autour du président de la République, PASTEF pourrait être confronté à une concurrence nouvelle sur un terrain qu’il maîtrisait jusque-là : celui de la mobilisation militante et de la proximité avec le pouvoir. Le phénomène pourrait également prendre une dimension électorale si ces départs s’accompagnent du transfert de réseaux locaux et de capacités de mobilisation.

La portée de ces départs est également à apprécier à l’aune du poids politique de Keur Massar dans la périphérie de Dakar. Département densément peuplé et marqué par une forte mobilisation politique ces dernières années, Keur Massar constitue un territoire stratégique pour les formations en quête d’ancrage dans la capitale et sa banlieue. Pour PASTEF, qui y a construit une partie importante de son implantation militante et électorale, la perte successive de responsables locaux peut ainsi revêtir une dimension particulière.
Pour l’heure, il serait toutefois prématuré de parler d’un véritable « vidage » de PASTEF à partir des seuls départs enregistrés ces derniers jours. Mais la succession de ces démissions constitue un signal politique qui mérite d’être observé.