Face à Pastef…Diomaye mise sur un nouvel appareil politique pour 2029
La création du parti « Kiiraay » par le président Bassirou Diomaye Faye marque une rupture majeure avec le PASTEF (Parti des Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité). À l’horizon 2029, le chef de l’État s’affranchit des tutelles partisanes traditionnelles pour bâtir un courant présidentiel autonome, redéfinissant en profondeur l’échiquier politique sénégalais.

Avec la création de sa nouvelle formation politique, baptisée « Kiiraay – Les Patriotes Républicains », le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, officialise une rupture devenue inévitable avec son ancienne famille politique, le PASTEF. Alors que se profile l’horizon électoral de 2029, cette initiative redessine complètement les équilibres du pouvoir et inaugure une stratégie audacieuse pour s’affranchir des tutelles partisanes traditionnelles.
Pour le chef de l’État, la question de la pérennité politique ne pouvait plus faire l’économie d’un appareil qui lui soit propre. S’il est parvenu à la magistrature suprême sous la bannière du PASTEF en 2024, l’hypothèse d’une candidature en 2029 sans structure organique exclusive relevait de l’improbable. Dépendre entièrement d’un parti désormais dirigé par des rivaux ou des anciens alliés devenus sceptiques comportait un risque existentiel trop élevé pour son avenir institutionnel.
En langue wolof, le terme « Kiiraay » renvoie à l’idée de protection et de bouclier. En se positionnant à la tête de ce nouveau parti fondé sur le slogan « La Patrie d’abord », le président de la République se dote d’un instrument taillé pour formaliser un courant présidentiel autonome. Cette formation se veut la maison commune de tous ceux qui s’alignent sur la vision de l’exécutif, transformant une loyauté autrefois partisane en un ralliement direct à la fonction présidentielle et aux réformes en cours.

La stratégie présidentielle ne se limite pas à la simple création d’un parti : elle impulse une dynamique de polycentralité. En tendant la main et en intégrant des figures issues d’horizons divers, notamment des dissidents ou des militants de l’Alliance pour la République (APR) ainsi que d’autres formations historiques, le chef de l’État brouille délibérément les cartes traditionnelles. Les vieilles frontières idéologiques s’estompent au profit d’une recomposition pragmatique où l’appareil présidentiel cherche à absorber les déçus des grands blocs politiques.
Face à un PASTEF solidement ancré dans les institutions législatives et jaloux de son identité originelle, la riposte de l’exécutif se veut méthodique. En structurant « Kiiraay », le camp présidentiel offre une alternative crédible aux cadres, technocrates et militants de base qui souhaitent soutenir l’action gouvernementale sans transiter par les instances du parti d’Ousmane Sonko. Il s’agit d’éroder l’exclusivité politique du PASTEF en démontrant qu’une autre forme de militantisme patriote et républicain est possible.
À plus long terme, la configuration des forces à l’Assemblée nationale et dans les collectivités locales oblige à de nouvelles alliances. En s’affranchissant du diktat d’un parti unique majoritaire, le chef de l’État se ménage des marges de manœuvre considérables. Des formations comme l’APR, le PDS ou le PS, loin d’être vouées à une disparition totale, pourraient ainsi muter en partenaires ponctuels ou en alliés tactiques au gré des majorités de projets nécessaires à la stabilité du pays.

Cette recomposition comporte toutefois des défis de taille, au premier rang desquels figure la cohabitation institutionnelle. Gérer un pays tout en pilotant la mise en place d’une nouvelle machine électorale concurrente de la majorité parlementaire exige un dosage fin. Le risque est de voir l’action gouvernementale polarisée par les rivalités de chapelles, ce qui impose au président de maintenir le cap des réformes socio-économiques promises à travers le référentiel « Vision Sénégal 2050 ».
Le succès de cette stratégie d’endiguement politique ne se décrète pas dans les salons de la capitale, mais dépendra de la capacité de « Kiiraay » à s’implanter durablement dans la profondeur des territoires. Les prochaines échéances intermédiaires permettront de mesurer l’impact réel de cette scission sur l’électorat sénégalais. Si la dynamique de ralliement des cadres se confirme, le pari de l’autonomisation politique de Bassirou Diomaye Faye sera gagné.
La séquence ouverte par la naissance de cette formation redéfinit les contours du paysage politique national. Le Sénégal s’achemine vers un paysage de bipolarité renouvelée ou de tripolarité, où l’exercice du pouvoir suprême ne se confond plus nécessairement avec la détention du secrétariat général d’un parti historique. En posant cet acte d’indépendance, Bassirou Diomaye Faye redessine les règles du jeu pour s’assurer d’être le maître d’œuvre de son propre destin politique à l’horizon 2029.