C’est la panique dans les rangs des « patriotes » ou une simple mue tactique ? Face à la recomposition de l’échiquier politique marqué par la rupture entre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye, le PASTEF (Patriotes des Africains du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité) abat ses cartes. Le parti ordonne le black-out total sur les réseaux sociaux contre ses nouveaux rivaux, au premier rang desquels le mouvement Kiiraay-Les Patriotes Républicains. Une stratégie d’asphyxie médiatique radicale qui vole déjà en éclats face à l’indiscrétion et l’indiscipline de militants incapables d’observer le mot d’ordre du PROS.

La consigne est tombée comme un couperet dans les boucles de messagerie et les plateformes de discussion des militants du PASTEF. Pour contrer des adversaires désormais accusés de chercher systématiquement le « bad buzz » et la provocation pour exister médiatiquement, le PASTEF a formalisé une doctrine de guerre numérique sans pitié. Désormais, le mot d’ordre martelé aux troupes est formel : aucun « like », aucun commentaire et aucun partage des publications, des vidéos ou des contenus émanant des camps adverses sur Facebook et les autres plateformes. Cette consigne stricte vise à couper net l’oxygène des algorithmes qui profitent habituellement à l’opposition pour propager ses critiques contre le parti.
Mais le parti ne s’arrête pas à une simple grève passive des interactions, il passe à une véritable opération de désinfection des fils d’actualité. Les partisans d’Ousmane Sonko sont ainsi sommés de prendre l’offensive en se désabonnant massivement des pages, des groupes et des comptes tenus par leurs détracteurs et les membres de Kiiraay. Il leur est également conseillé de manier avec rigueur les options techniques de masquage temporaire des publications indésirables, voire de bloquer directement les profils hostiles qui polluent leur espace numérique. L’objectif chiffré et politique est limpide : tarir à la source la visibilité de l’adversaire et purger l’écosystème web du parti de toute influence extérieure parasite.
En abandonnant les passes d’armes stériles, les polémiques de bas étage et les invectives chronophages sur la Toile, le PASTEF veut imposer un agenda constructif et recentré sur ses ambitions. L’activisme virtuel doit dorénavant se focaliser exclusivement sur les grands dossiers de l’heure et de l’institution parlementaire : la loi de finances rectificative (LFR), la loi de finances initiale (LFI), le suivi rigoureux des commissions d’enquête, ainsi que la vaste campagne de vente des cartes de membre. Les militants sont également sommés de vulgariser massivement les activités du parti et la vision de leur leader, Ousmane Sonko, transformant chaque militant en un relais actif des propositions programmatiques plutôt qu’en un simple commentateur de crises.

À travers cette manœuvre d’envergure, la formation politique veut s’épargner les distractions politiciennes qui ternissent son image et dispersent ses forces vives. La direction cherche à remobiliser sa base militante pour un seul et unique objectif final, résumé par un mot d’ordre aux accents de compte à rebours stratégique : « 2029, c’est maintenant ! » Il s’agit de préparer le terrain dès à présent en unifiant la voix des patriotes, en évitant les pièges tendus par les adversaires politiques et en capitalisant sur le travail de terrain, loin du bruit assourdissant des réseaux sociaux.
Cependant, entre la théorie savamment ciselée par les pontes du parti et la dure réalité du terrain numérique, le fossé s’avère abyssal. Le PASTEF fait face à un mal endémique et persistant : l’existence d’une frange de militants dits « rebelles », complètement réfractaires à toute discipline de groupe et habitués à mener des batailles rangées en ligne. Incapables de retenir leurs impulsions face aux provocations quotidiennes de Kiiraay et des autres forces politiques de l’opposition, ces cyberactivistes refusent d’ignorer les attaques et repliquent systématiquement coup pour coup, tombant ainsi dans le piège de l’exposition algorithmique de l’adversaire.
Pour ces contestataires invétérés et passionnés, observer le silence radio suggéré par la hiérarchie équivaut à un aveu de faiblesse ou à une capitulation en rase campagne. Habitués à occuper l’espace par le verbe haut et la riposte immédiate, ils font primer leur ego et leur besoin d’en découdre sur la discipline collective. Résultat des courses : malgré les consignes strictes du PROS (Président Ousmane Sonko) et des députés, les polémiques continuent de s’enflammer quotidiennement sur la Toile, nourries par ces militants indisciplinés qui ne savent plus comment exister autrement que dans l’affrontement virtuel.

Cette défiance récurrente met en lumière les limites du commandement pyramidal face à une armée numérique spontanée, passionnée et parfois difficile à canaliser. Si le PASTEF ne parvient pas à mater rapidement cette fronde interne et à faire appliquer sa ligne de conduite, sa stratégie de l’invisibilisation des adversaires risque de tourner au fiasco total. C’est donc un véritable test d’autorité qui s’ouvre pour les cadres du parti, sommés de discipliner leurs propres troupes sous peine de voir leur plan de paix numérique se transformer en une cacophonie permanente.


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