Le décor politique sénégalais s’anime d’un bien étrange spectacle. Après une longue période d’apnée, Idrissa Seck «Idy» réapparaît. Mais l’Apr (Alliance pour la République) n’est pas aussi en reste, le parti de Macky Sall ne veut pas mourrir de sa plus belle mort politique… Entre la conférence de presse coup de poing du leader de Rewmi et l’appel solennel de l’ancien parti au pouvoir à bâtir un « puissant bloc », la stratégie est cousue de fil blanc : occuper l’espace médiatique et tenter par tous les moyens de revenir au centre du jeu politique.

Mais derrière le ton martial et les réquisitoires au vitriole contre la gestion du régime de Pastef, cette offensive aux allures de sursaut désespéré peine lourdement à convaincre. Du côté du parti Rewmi, la dernière prise de parole du « Ndamal Kaddior » a laissé une tenace impression de déjà-vu auprès de nombreux observateurs de la scène nationale. En dressant un tableau particulièrement sombre d’un Sénégal qu’il juge « méconnaissable », miné par la dégradation des notes économiques et la montée des tensions sociales, l’ancien Premier ministre a cherché à se poser en recours ultime.
Pourtant, la mayonnaise a bien du mal à prendre. Pour une grande partie de l’opinion et des spécialistes de la politique sénégalaise, ce discours moralisateur contre le « populisme trompeur » et ces alertes sur un risque de blocage institutionnel sonnent désespérément faux. Les spectaculaires volte-face du passé et la transhumance répétée d’Idrissa Seck ont profondément entaché son crédit auprès des citoyens, rendant ses leçons de gouvernance bien difficiles à recevoir pour un électorat avide de renouvellement.
Au même moment, l’Alliance pour la République tente elle aussi d’orchestrer une contre-offensive face à ce qu’elle qualifie de « faillite totale du régime Pastef ». Lors de son face-à-face avec les journalistes ce mercredi, la formation politique, a lancé un appel solennel à toute l’opposition et aux forces vives pour former un Front uni destiné à « battre le pouvoir » et à construire « l’après ».

L’idée d’une grande coalition d’opposition semble séduisante dans les discours, mais elle se heurte de plein fouet à la dure réalité du terrain. En saluant avec empressement la réaction d’Idrissa Seck à son appel, l’APR donne le sentiment de recycler les éternelles vieilles alliances du passé plutôt que d’incarner le « projet rénové » et l’alternative fraîche qu’elle prétend vouloir offrir aux Sénégalais à l’horizon 2029.
Surtout, l’Alliance pour la République souffre d’un handicap majeur et structurel qui plombe chacune de ses initiatives : l’absence physique de sa véritable locomotive politique. Même si le parti martèle sa volonté de se réorganiser sous le leadership théorique de Macky Sall, il lui manque cruellement la présence effective et le souffle de l’ancien chef de l’État sur le sol national.
Sans la voix, le leadership direct et l’autorité naturelle du président Macky Sall sur le terrain dakarois, les porte-paroles et cadres de l’APR se retrouvent à porter un costume bien trop grand pour eux. Enchaîner les déclarations liminaires depuis la capitale tout en recevant les consignes depuis l’extérieur ne suffit pas à créer l’élan populaire et l’enthousiasme militant indispensables pour faire trembler le pouvoir en place.

En réalité, ces deux démarches parallèles trahissent l’embarras d’une vieille garde politique prise de court et désorientée depuis l’alternance. Entre un Idrissa Seck qui ne réussit plus à convaincre l’opinion et une APR orpheline de son patron sur le théâtre des opérations, l’addition des faiblesses individuelles ne crée pas automatiquement une dynamique collective convaincante.
Pour l’heure, cette tentative de positionnement face au régime en place ressemble davantage à un baroud d’honneur pour la survie médiatique qu’à la naissance d’une alternative crédible. La route vers de prochaines échéances s’annonce particulièrement longue et semée d’embûches pour ces figures politiques d’hier en quête désespérée d’un nouvel avenir.
La rédaction de Xibaaru


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