Le danger guette Pastef et Kiiraay…le divorce Sonko-Diomaye, une menace dans les urnes
Alors que la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko est désormais consommée avec la création de Kiiraay-Les Patriotes Républicains, le Pastef et le parti présidentiel s’engagent dans un duel politique à haut risque. Mais en piétinant leur bilan commun de deux ans de pouvoir au profit de querelles d’appareil, les deux anciens alliés risquent d’épuiser la patience des Sénégalais. Face à des urgences économiques délaissées, l’électorat pourrait bien faire entendre sa voix à travers un vote sanction sans appel lors des prochaines élections.
Le récent lancement par le président Bassirou Diomaye Faye de sa propre formation, Kiiraay – Les Patriotes républicains, consacre le schisme avec Ousmane Sonko et le Pastef. Alors que les deux partis rivaux s’organisent en vue des prochaines échéances électorales, ils feraient bien de ne pas sous-estimer la maturité de l’électorat : le risque d’un vote sanction massif reste extrêmement élevé.
Toute tentative de s’exonérer des difficultés économiques et sociales du pays en rejetant la faute sur l’autre camp se heurtera à la réalité des faits. Depuis l’élection présidentielle de mars 2024, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont gouverné le Sénégal main dans la main. Deux années durant, les décisions budgétaires, les choix stratégiques et la gestion des affaires publiques ont été élaborés et exécutés en parfaite symbiose par cet attelage exécutif.
Ce compagnonnage au pouvoir crée une responsabilité directe et indivisible. Qu’il s’agisse de la lutte contre la cherté de la vie, du chômage des jeunes ou de la trajectoire de la dette publique, le bilan accumulé à mi-mandat constitue un patrimoine politique strictement partagé. Aux yeux des citoyens, l’actif comme le passif de cette gestion étatique appartiennent autant au fondateur de Kiiraay qu’au leader du Pastef.

La séparation précoce du duo à mi-parcours s’impose dès lors comme un lourd handicap stratégique pour l’un comme pour l’autre. En fragmentant la majorité issue des urnes, cette querelle interne fragilise la stabilité institutionnelle et dilue l’autorité de l’État. Plutôt que de projeter la sérénité indispensable à la conduite des affaires publiques, cette rupture offre le spectacle d’un pouvoir affaibli par ses propres contradictions.
Le temps politique, désormais accaparé par les calculs d’appareil et le débauchage de cadres, menace directement de paralyser le temps économique. Chaque heure consacrée aux stratégies électorales, aux querelles de positionnement ou au redécoupage des réseaux d’influence est une heure perdue pour la mise en œuvre des réformes structurelles. Cette lenteur administrative et décisionnelle risque de retarder gravement le traitement des urgences nationales.
Pendant que les états-majors politiques affûtent leurs armes pour la conquête ou le maintien du pouvoir, le quotidien des Sénégalais, lui, n’attend pas. La jeunesse en quête d’opportunités, les ménages confrontés à la baisse du pouvoir d’achat et les acteurs économiques face à l’incertitude exigent des résultats concrets. La patience populaire s’érode à mesure que l’action publique s’efface derrière le bruit des rivalités intestines.

L’électorat sénégalais rejette massivement l’idée d’être l’arbitre captif d’une nouvelle guerre de clans au sommet de l’État. Ayant accordé sa confiance en 2024 sur la promesse d’un changement radical et d’une rupture systémique, le peuple n’a pas signé pour assister à une querelle de leadership. L’ouverture d’un nouveau front politicien est perçue par beaucoup comme une trahison des priorités populaires.
L’histoire électorale récente du Sénégal a démontré à plusieurs reprises que les citoyens n’hésitent jamais à sanctionner les excès d’orgueil et les promesses délaissées. La mémoire des urnes rappelle que la légitimité ne s’hérite pas et que la popularité peut s’évaporer rapidement lorsque le sentiment de déconnexion s’installe. Un électorat déçu par la politique politicienne sait faire entendre sa voix avec une sévérité redoutable.
Si Pastef et Kiiraay persistent à placer leurs ambitions politiques au-dessus des attentes de la population, le rendez-vous des prochaines élections pourrait transformer l’espoir initial en désillusion électorale. Sans reddition de comptes crédible ni recentrage immédiat sur les préoccupations des citoyens, le verdict des urnes risquerait d’être sans appel pour les anciens alliés devenus rivaux.