Le pouvoir à l’exécutif, la majorité à l’Assemblée…Qui gouverne ?

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Le Sénégal entre dans une nouvelle séquence politique marquée par une configuration institutionnelle pour le moins inédite. D’un côté, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, dispose de l’Exécutif et s’appuie désormais sur sa propre formation politique, Kiiraay-Les Patriotes Républicains. De l’autre, l’Assemblée nationale reste largement dominée par Pastef, le parti dirigé par Ousmane Sonko, qui contrôle 130 des 165 sièges. Cette séparation des forces politiques au sommet de l’État nourrit une question centrale : qui détient réellement les leviers du pouvoir ?

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La situation est d’autant plus sensible que les deux hommes qui ont longtemps incarné un même projet politique se retrouvent désormais à la tête de deux pôles distincts. Bassirou Diomaye Faye, ancien candidat porté par Pastef à la présidentielle de 2024, a lancé en juillet 2026 le parti Kiiraay (« Les Patriotes Républicains »), officialisant ainsi sa rupture avec son ancienne formation. Ousmane Sonko, pour sa part, reste à la tête de Pastef et préside désormais l’Assemblée nationale depuis son élection au perchoir le 26 mai dernier. Cette nouvelle donne transforme profondément les rapports de force au sein du pouvoir.

Le principal enjeu réside désormais dans les relations entre l’Exécutif et le Parlement. Pastef dispose d’une majorité qualifiée suffisamment large pour peser lourdement sur le processus législatif et exercer un contrôle politique sans précédent sur l’action gouvernementale. Ousmane Sonko avait d’ailleurs reconnu, lors de sa prise de fonction au perchoir en juin, la nécessité d’une coexistence entre les deux institutions, tout en assurant que son parti ne chercherait pas d’emblée à censurer le gouvernement. Une position qui traduisait alors la volonté de maintenir un canal de dialogue malgré l’accumulation des désaccords.

Mais cette logique de coexistence est aujourd’hui soumise à rude épreuve. Les divergences entre les deux camps se sont notamment exprimées autour de la composition du gouvernement formé à la suite du départ de Sonko de la Primature. Pastef a annoncé qu’il ne participerait pas à la nouvelle équipe gouvernementale, Ousmane Sonko évoquant des désaccords stratégiques avec le chef de l’État sur la place et le rôle de la majorité parlementaire dans le dispositif exécutif. Le parti majoritaire à l’Assemblée se retrouve ainsi dans une position singulière : hégémonique au Parlement, mais absent des ministères.

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Cette configuration alimente naturellement le débat sur la notion même de majorité. Une majorité parlementaire peut-elle continuer à se considérer comme la majorité présidentielle lorsque le président de la République ne dirige plus son parti d’origine ? À l’inverse, Kiiraay peut-il prétendre incarner la majorité politique du pays alors qu’il ne dispose actuellement d’aucun groupe parlementaire officiel issu de ses rangs ? Derrière ces interrogations institutionnelles se joue une bataille beaucoup plus politique : celle de la légitimité à parler au nom du projet de rupture porté lors de la victoire de mars 2024.

Le rapport de force ne se limite d’ailleurs plus aux déclarations de principe. Les dernières semaines ont été marquées par plusieurs épisodes de tension entre l’Assemblée nationale et l’Exécutif, notamment autour des réformes institutionnelles et de l’arbitrage budgétaire sur l’utilisation des crédits spéciaux. La récente session extraordinaire du Parlement a ravivé les inquiétudes concernant un blocage institutionnel permanent. Le Conseil constitutionnel est lui aussi devenu un arbitrage régulier de cette confrontation, sollicité sur la conformité de plusieurs initiatives parlementaires face aux prérogatives réglementaires du gouvernement.

Dans ce contexte, Pastef tente également de préserver sa cohésion interne. Dans une communication publiée le 18 août 2026, la direction du parti appelait ses militants à « faire focus », en insistant sur l’unité, la discipline organisationnelle et la poursuite autonome du projet politique initial. Le message intervient alors que le divorce avec le président de la République a profondément réorganisé l’architecture politique issue de 2024. Pastef cherche ainsi à démontrer que son projet dépasse désormais la relation personnelle et historique entre Sonko et Diomaye.

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Pour le pouvoir présidentiel, l’enjeu est inverse : construire autour de Kiiraay une nouvelle force politique capable de soutenir durablement l’action du chef de l’État et d’agréger les mouvements alliés. Mais l’absence de relais direct sur les bancs de l’Assemblée constitue une faiblesse majeure pour faire voter les lois. La question d’une recomposition parlementaire ou d’une éventuelle dissolution de l’Assemblée nationale revient donc au centre des calculs politiques, même si cette dernière hypothèse reste encadrée par de strictes règles constitutionnelles. Les spéculations sur la longévité de cette législature se multiplient dans l’opinion.

Au-delà du duel Diomaye-Sonko, c’est donc la maturité des institutions sénégalaises qui se retrouve au cœur du débat. Le véritable test sera de savoir si le président de la République et la majorité parlementaire peuvent maintenir un équilibre institutionnel malgré leur divorce politique, ou si la surenchère partisane finira par paralyser l’action publique.

 

La rédaction de Xibaaru

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