« Rebeuss Vert » : Amadou Gueye invite le ministre de la Justice à repenser la politique carcérale

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Dans une tribune consacrée à la crise carcérale au Sénégal, le président de l’UNIS, Amadou Gueye, invite le ministre de la Justice, Moussa Sarr, à engager une réforme radicale du système pénal. S’appuyant sur son expérience de la détention à Rebeuss, il défend le projet « Rebeuss Vert », fondé sur la justice restaurative, la réinsertion par l’activité économique et la réduction du recours à l’emprisonnement.

La surpopulation carcérale constitue, selon Amadou Gueye, l’un des principaux défis auxquels le système judiciaire sénégalais est confronté. Dans sa tribune, le président de l’UNIS salue d’abord la volonté affichée par le garde des Sceaux de s’attaquer à la crise carcérale, tout en estimant que les réponses traditionnelles, notamment la construction de nouvelles prisons, ne permettront pas de résoudre durablement le problème.

Ayant lui-même connu la détention à la prison de Rebeuss, Amadou Gueye décrit des conditions de détention qu’il juge particulièrement difficiles. Il dénonce notamment la surpopulation et le recours qu’il estime excessif aux mandats de dépôt. Il avance le chiffre de près de 16 000 détenus, dont 45 % seraient en détention provisoire, et estime que cette situation représente également un coût important pour les finances publiques.

Face à cette situation, le président de l’UNIS propose de changer de paradigme. Son projet « Rebeuss Vert » repose sur l’idée de faire de la justice restaurative et de la contribution économique des condamnés des alternatives centrales à l’incarcération.

Le dispositif proposé consisterait notamment à mobiliser une partie de la population carcérale dans des activités agricoles et agro-industrielles sur une superficie aménagée de 50 000 hectares. L’objectif affiché serait double : favoriser la réinsertion des détenus et créer une activité économique susceptible de contribuer à l’indemnisation des victimes et à la production de richesses.

Amadou Gueye estime ainsi qu’un investissement de 50 milliards de FCFA, correspondant selon lui à cinq années de budget consacré aux prisons, pourrait permettre de développer un modèle économique alternatif et de réduire progressivement la place de l’incarcération dans le système pénal.

Pour défendre son approche, le président de l’UNIS s’appuie également sur une lecture de la tradition islamique et sur les travaux de plusieurs penseurs contemporains de la justice pénale. Il cite notamment le principe selon lequel il faut « nourrir l’affamé, visiter le malade et libérer le captif », qu’il rapproche d’une conception davantage tournée vers la réparation, la responsabilité et la réinsertion.

Il évoque également les travaux de Jāved Aḥmad Ghāmidī, Adnan Zulfiqar, Wael Hallaq et Mohammad Fadel, présentés comme des références permettant de questionner la place de l’emprisonnement dans les systèmes pénaux modernes.

Dans cette perspective, Amadou Gueye estime que le Sénégal doit réfléchir à un modèle davantage adapté à ses réalités sociales, historiques et économiques, plutôt que de reproduire exclusivement les mécanismes carcéraux hérités des systèmes occidentaux.

Au-delà du projet « Rebeuss Vert », le président de l’UNIS appelle à une « grande campagne nationale et internationale » en faveur d’une refonte de la politique pénale. Il propose de réserver la prison aux personnes présentant un réel danger pour la société et de privilégier, pour les autres condamnés, des mécanismes de réparation et de réinsertion.

Il préconise notamment la généralisation des peines alternatives et le lancement de phases pilotes permettant à des détenus volontaires de participer à des travaux d’intérêt général, comme le nettoyage du typha dans la vallée ou le curage des caniveaux avant l’hivernage.

Le projet prévoit enfin la création d’une Holding nationale Rebeuss Vert S.A., sous la forme d’un partenariat public-privé. Amadou Gueye évoque un financement initial de 80 milliards de FCFA, réparti entre fonds propres et obligations, avec l’objectif de faire émerger en sept à dix ans un acteur agro-industriel national capable, selon ses projections, de générer jusqu’à 400 milliards de FCFA de chiffre d’affaires annuel.

Pour le président de l’UNIS, cette proposition doit ouvrir un débat plus large sur la finalité de la peine. Il invite ainsi le ministre Moussa Sarr à « oser » une réforme qui ferait de la prison non plus une destination définitive, mais un espace temporaire orienté vers la responsabilité, la réparation et la réinsertion économique.

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