Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, a abordé plusieurs enjeux liés à la sécurité et au civisme au Sénégal lors de son passage à l’émission « Sans Filtre » de la RTS. Il a notamment alerté sur les discours hostiles aux étrangers, appelé à une application plus effective du Code de la route et insisté sur l’importance de l’éducation et de l’exemplarité pour restaurer le respect de l’autorité publique.
Sur la question de la xénophobie, le ministre a mis en garde contre la progression des discours de rejet visant les étrangers. Il estime que ces prises de position ne doivent pas être prises à la légère, notamment dans un contexte où les difficultés économiques et la pauvreté peuvent accentuer les frustrations au sein de la population. « Il ne faut jamais sous-estimer ce type de discours », a-t-il prévenu, soulignant les risques liés à l’enracinement des idées de rejet de l’autre dans la société.
Mouhamadou Makhtar Cissé a rappelé que le Sénégal devait préserver sa tradition d’hospitalité et d’ouverture. Il a toutefois souligné que cet attachement à la solidarité ne dispensait pas les étrangers du respect des lois nationales, particulièrement celles qui encadrent leur entrée et leur séjour dans le pays. À ses yeux, les règles doivent s’appliquer à tous, sans distinction arbitraire entre citoyens sénégalais et ressortissants étrangers.
Le ministre a également évoqué les dispositions communautaires relatives à la libre circulation au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Les ressortissants des pays membres bénéficient de facilités prévues par les textes, tandis que les citoyens d’autres pays restent soumis aux règles applicables en matière de visa.
Il a cité le cas des Sénégalais qui se rendent dans d’autres pays de la sous-région, notamment en Côte d’Ivoire, dans le cadre de la libre circulation communautaire. Parallèlement, les autorités travaillent à la modernisation des procédures d’entrée et de séjour au Sénégal, avec le développement de démarches numériques. De nouveaux documents pourraient également être envisagés afin de faciliter les contrôles et le suivi administratif des personnes présentes sur le territoire.
L’indiscipline sur les routes constitue une autre préoccupation soulevée par Mouhamadou Makhtar Cissé. Concernant les comportements de certains conducteurs de motos et de véhicules de transport en commun, il a rappelé que la politique des transports relevait du ministère compétent, tandis que la police et la gendarmerie participaient au contrôle et à l’application du Code de la route.
Pour le ministre, les textes prévoient déjà des sanctions, mais leur efficacité dépend de leur application sur le terrain. « Les sanctions sont assez dures, mais il faut durcir leur application », a-t-il déclaré, plaidant également pour la sensibilisation et le dialogue avec les professionnels du secteur.
Il a indiqué avoir rencontré des syndicats de transporteurs et des représentants des conducteurs de deux-roues avant plusieurs événements religieux afin de les sensibiliser aux dangers des comportements à risque. Le ministre a notamment dénoncé la circulation de véhicules qui ne répondent pas aux exigences du contrôle technique et estimé que le retrait des engins non conformes contribuerait à améliorer la sécurité.
Il a par ailleurs rappelé que les accidents de la route pouvaient résulter de plusieurs facteurs, notamment l’état des véhicules, la qualité des infrastructures et le comportement des usagers. Selon lui, la prévention doit donc agir simultanément sur ces différents aspects.
L’expansion des motos communément appelées « thiak-thiak », désormais présentes à Dakar et dans plusieurs grandes villes, figure également parmi les sujets évoqués par le ministre. Il reconnaît que cette activité représente une source de revenus pour de nombreux jeunes confrontés aux difficultés d’insertion professionnelle. Il souligne néanmoins les risques qu’elle entraîne lorsque les règles de circulation et de sécurité ne sont pas respectées.
Mouhamadou Makhtar Cissé préconise une meilleure organisation de ce secteur, notamment à travers l’immatriculation des motos, le port du casque et le respect des exigences relatives au permis de conduire. Il rappelle que les conducteurs de deux-roues sont soumis aux mêmes obligations concernant les feux de signalisation, les sens de circulation et les règles de dépassement.
L’objectif, selon lui, est d’encadrer cette activité plutôt que de négliger son poids économique. Une concertation avec les associations concernées doit permettre de définir des règles adaptées, tout en veillant à leur application.
Le ministre a également plaidé pour le développement des transports publics modernes, citant le Train express régional (TER) et le Bus Rapid Transit (BRT). Il estime que ces infrastructures, malgré leur apport, ne couvrent pas encore tous les besoins de mobilité des populations. L’amélioration des transports, l’entretien des routes et le renforcement des contrôles doivent ainsi contribuer à mieux organiser les déplacements.
La question de l’emploi des jeunes a également été abordée. Mouhamadou Makhtar Cissé a encouragé la valorisation des formations techniques et professionnelles, notamment dans les domaines du bâtiment et de l’électricité. Il a estimé que ces métiers offraient des perspectives, alors que les compétences qualifiées sont parfois difficiles à trouver. Il invite ainsi les jeunes à ne pas privilégier uniquement les revenus immédiats de certaines activités informelles, mais aussi à rechercher des formations susceptibles de leur ouvrir des perspectives professionnelles durables.
Sur la question du respect de l’autorité publique et du bien commun, Mouhamadou Makhtar Cissé a placé l’éducation au cœur des réponses à apporter. Il a souligné le rôle de la famille, de l’école et des daaras dans la transmission des valeurs de discipline, de civisme et de respect des règles collectives.
Le ministre considère toutefois que l’exigence de responsabilité concerne également les détenteurs de fonctions publiques. Pour lui, ceux qui représentent l’État doivent adopter une conduite exemplaire afin de préserver la crédibilité de l’autorité qu’ils incarnent. « La meilleure pédagogie, comme disait l’autre, c’est l’exemplarité », a-t-il rappelé.



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