Le Pastef et l’APR affichent une rare convergence…ils portent le même combat

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Le débat sur la transhumance politique prend une nouvelle ampleur. À l’origine de cette séquence, une proposition de loi annoncée par le député de Pastef, Amadou Ba, visant à faire perdre automatiquement son mandat à tout maire qui quitte, en cours de mandat, la formation politique sous la bannière de laquelle il a été élu. Si cette initiative a suscité de vives critiques de la part de plusieurs acteurs politiques, elle trouve un écho inattendu au sein de l’Alliance pour la République (APR), dont la position rejoint largement les principes défendus par le parlementaire de la majorité.

Amadou Ba PASTEF
Le député de Pastef Amadou Ba

Au travers d’une intervention sur ses canaux numériques, le parlementaire Amadou Ba a argumenté que sa démarche répond à un impératif d’assainissement moral des mœurs politiques et de préservation du choix exprimé par les urnes. Selon son analyse, quitter sa bannière d’origine en cours de mandat équivaut à trahir l’engagement souscrit auprès des citoyens qui ont soutenu une ligne d’action précise. L’élu soutient ainsi que la logique guidant l’article 60 de la loi fondamentale (sanctionnant de déchéance tout député rompant avec son parti d’origine) gagnerait à s’appliquer aux exécutifs municipaux pour éradiquer cette pratique qu’il qualifie de fléau démocratique majeur.

Aux yeux du député de la majorité, le phénomène de transhumance entame gravement le lien de confiance unissant le corps électoral à ses représentants. Il défend le principe qu’une charge élective obtenue sous les symboles d’une organisation donnée ne saurait être conservée lorsqu’un dirigeant choisit de rejoindre un nouveau camp sans repasser par le jugement des électeurs. À travers ce texte, l’objectif affiché est d’ancrer davantage d’éthique dans la vie publique tout en fermant la porte à des mécanismes d’opportunisme décriés de longue date dans le pays.

Néanmoins, cette vision suscite des contestations et alimente un débat profond sur l’interprétation des principes républicains. Certains acteurs politiques, y compris des voix membres de la mouvance gouvernementale, soulignent que le pouvoir d’un maire découle directement du vote citoyen et non de l’appareil partisan qui l’a investi. De leur point de vue, automatiser la perte de mandat pourrait empiéter sur la liberté d’association et accorder une emprise disproportionnée aux états-majors des partis sur la volonté populaire. Les opposants à la mesure soutiennent dès lors que seules de nouvelles élections sont légitimes pour juger un élu ayant bifurqué de son ancrage d’origine.

apr
Macky Sall président de l’APR

Pendant que ces discussions animent la place publique, l’Alliance pour la République a fait entendre sa voix en s’alignant sur des positions très proches de celles exprimées par Pastef. Par le biais d’une déclaration officielle, l’ancien parti présidentiel piloté par Macky Sall a vivement dénoncé la capture d’élus territoriaux orchestrée selon lui par la nouvelle majorité en constitution. L’APR estime que ces opérations d’attraction politique viennent altérer en profondeur l’authenticité des résultats issus du dernier scrutin local.

L’APR fait valoir que le suffrage universel ne récompense pas uniquement des personnalités individuelles, mais valide avant tout une vision de société, des engagements précis et un contrat d’orientation porté par un collectif. Par conséquent, dès lors qu’un maire, un conseiller municipal ou un président de conseil départemental rompt délibérément avec sa formation d’origine en conservant son siège, il altère la portée du vote populaire. Pour la formation de l’ex-président, un tel comportement prive l’élection de tout son sens et brise l’accord moral contracté avec les concitoyens.

La formation d’opposition durcit le ton en pointant les risques d’une instrumentalisation du phénomène lorsqu’il est encouragé par les tenants du pouvoir. L’APR soutient que cette quête de ralliements vise à recomposer artificiellement des majorités territoriales sans passer par l’approbation directe des citoyens. Le parti insiste sur le fait que l’appareil d’État et ses leviers ne doivent en aucun cas servir de monnaie d’échange pour susciter des conversions d’élus en cours de mandat, au risque d’endommager la crédibilité de la démocratie représentative.

Maire senegal

Pour dépasser le simple constat, l’APR plaide elle aussi pour un renouvellement des règles encadrant les mandats locaux. Elle suggère que tout revirement d’appartenance politique volontaire survenu avant le terme du mandat débouche, en dehors du cas spécifique des candidats indépendants, sur la vacance immédiate du poste et la tenue de nouvelles élections. Cette remise en jeu permettrait d’offrir le dernier mot aux électeurs afin qu’ils confirment ou invalident leur confiance, conciliant ainsi la liberté de conscience de l’élu avec la souveraineté du peuple.

Ce rapprochement idéologique entre Pastef et l’APR s’avère marquant dans un paysage politique d’ordinaire très polarisé. Malgré des rivalités historiques et des positions opposées sur de multiples sujets nationaux, les deux formations s’accordent sur la nécessité de moraliser les parcours politiques et de garantir le respect strict des choix exprimés dans les urnes. Il reste désormais à déterminer si ce terrain d’entente débouchera sur un texte de loi consensuel à l’Assemblée nationale ou si les modalités pratiques d’application raviveront les clivages au sein de la classe politique sénégalaise.

La rédaction de Xibaaru

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