Délestages : Noo Lank interpelle l’État sur la situation du secteur électrique
Le Collectif Noo Lank interpelle l’État sur la nouvelle vague de délestages qui affecte plusieurs quartiers du Sénégal. Dans un communiqué, il demande notamment la publication du Plan intégré à moindre coût (PIMC), un calendrier précis pour la réforme institutionnelle du secteur de l’électricité ainsi qu’un audit indépendant du Fonds de soutien au secteur de l’énergie (FSE).
Depuis plusieurs semaines, le Sénégal traverse une nouvelle vague de délestages qui plonge des quartiers entiers dans le noir et perturbe profondément la vie des ménages. Dans son communiqué, Noo Lank estime que la fourniture continue d’électricité n’est pas une faveur, mais une obligation de service public dont l’État est le premier garant.
Le collectif souligne également le coût économique de ces coupures. Selon Noo Lank, elles désorganisent les activités des petites et moyennes entreprises, des commerces, des ateliers, des services et des unités de production, entraînant des pertes de chiffre d’affaires, des arrêts de production et une baisse de productivité.
Les travailleurs indépendants et les activités fortement dépendantes de l’électricité sont également affectés. Ils doivent notamment supporter des charges supplémentaires liées aux groupes électrogènes, au carburant ou à d’autres solutions alternatives d’alimentation. À cela s’ajoutent, selon le collectif, les risques de détérioration des équipements et de pertes de marchandises, notamment pour les activités nécessitant une chaîne du froid.
Pour Noo Lank, ces interruptions répétées constituent ainsi un frein à l’activité économique, à l’investissement et à la confiance des acteurs économiques. Le coût des délestages ne se limiterait donc pas aux heures sans électricité, mais se traduirait également par des revenus perdus, des activités fragilisées et des opportunités économiques compromises.
Les autorités invoquent, selon Noo Lank, la conjonction de pannes techniques, de tensions géopolitiques internationales et d’une demande exceptionnelle liée à la chaleur. Pour le collectif, ces facteurs peuvent expliquer certaines difficultés conjoncturelles, mais ne sauraient dispenser l’État d’une interrogation de fond sur la planification, l’anticipation et la sécurisation durable de l’approvisionnement électrique.
Noo Lank cite notamment la centrale West African Energy (WAE), censée contribuer significativement à la puissance installée du pays, mais qui fonctionne toujours au gasoil faute de gaz disponible. Le collectif évoque également le projet Yaakaar-Teranga, présenté depuis plusieurs années comme un pilier de la stratégie « gas-to-power ». Selon Noo Lank, les nouvelles évolutions de ce projet interviennent alors que la production de gaz destinée au marché national ne permet pas encore de sécuriser durablement l’approvisionnement des centrales gazéifiées.
Cette situation appelle, selon le collectif, des explications précises sur les choix opérés, le calendrier des projets structurants et leur articulation avec la stratégie nationale de souveraineté énergétique. Noo Lank estime également nécessaire de réexaminer le positionnement institutionnel du Fonds de soutien au secteur de l’énergie (FSE). Alors que sa mission est directement liée à la sécurisation de l’approvisionnement énergétique et au soutien du secteur, le Fonds relève actuellement de la tutelle du ministère des Finances et du Budget.
Pour le collectif, cette configuration mérite d’être réinterrogée. Noo Lank estime que le FSE devrait être placé sous la tutelle du ministère chargé de l’Énergie afin de renforcer la cohérence entre la politique énergétique, la planification des besoins, la sécurisation de l’approvisionnement et l’utilisation des mécanismes de soutien au secteur.
Cette évolution devrait, selon le collectif, s’accompagner d’un contrôle financier rigoureux, d’un audit indépendant et d’une information publique sur l’utilisation des ressources du FSE, afin de garantir leur traçabilité et leur efficacité au service de la sécurisation de l’approvisionnement énergétique.
Le collectif revient également sur la loi n° 2021-31 du 9 juillet 2021 portant Code de l’électricité. Cette loi prévoyait, dans un délai maximum de trente mois, la finalisation de la séparation fonctionnelle de la société nationale d’électricité par la création d’une holding et de trois filiales dédiées respectivement à la production, au transport et à la distribution-vente d’énergie électrique.
Noo Lank relève que plus de soixante mois après l’entrée en vigueur de cette réforme, le délai légal est largement dépassé. Le collectif demande donc à l’État d’expliquer les raisons de ce retard et de présenter un calendrier précis et contraignant pour la mise en œuvre effective de cette réforme structurante du secteur électrique.
Dans ce même sillage, le Collectif Noo Lank exige la publication immédiate du Plan intégré à moindre coût (PIMC) ainsi que de son état d’avancement, malgré son décret du 12 août 2024. Il demande également la présentation d’un calendrier précis, vérifiable et contraignant pour la mise en œuvre effective de la réforme institutionnelle prévue par la loi n° 2021-31, notamment la création de la holding et de ses filiales ainsi que la séparation des différentes activités du secteur de l’électricité.
Le collectif réclame par ailleurs le réexamen du rattachement institutionnel du Fonds de soutien au secteur de l’énergie, avec son placement sous la tutelle du ministère chargé de l’Énergie. Il demande aussi la publication des informations essentielles relatives aux ressources mobilisées par le FSE et à leur utilisation, accompagnée d’un audit indépendant.
Enfin, Noo Lank sollicite des explications précises sur les choix opérés dans les projets structurants du secteur énergétique et leur articulation avec les objectifs de souveraineté énergétique du Sénégal.
Pour le collectif, l’énergie est un bien vital et un levier essentiel de l’activité économique. Sa gestion ne peut souffrir ni improvisation ni opacité. Noo Lank estime que les Sénégalais ne demandent pas des explications a posteriori sur chaque panne, mais plutôt une politique énergétique prévisible, transparente et durable, ainsi qu’un État qui assume pleinement ses responsabilités de planificateur et de garant du service public de l’énergie.
Le collectif appelle ainsi les autorités à prendre la pleine mesure de la situation et à apporter aux citoyens des réponses concrètes. Pour Noo Lank, la crise actuelle doit être l’occasion non seulement de rétablir durablement la continuité du service, mais également de corriger les fragilités structurelles qui exposent régulièrement les ménages et l’économie nationale à de nouvelles perturbations.