Le verrou de PASTEF saute…les «pastéfiens» perdent le monopole de la parole publique

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Pendant près d’une décennie, le Patriotes Africains du Sénégal pour l’Éthique, le Travail et la Fraternité (PASTEF) a régné en maître incontesté sur le terrain de la communication politique au Sénégal. Grâce à une armée de sympathisants ultra-connectés, des campagnes virales parfaitement orchestrées et une présence quasi hégémonique sur TikTok, Facebook et X (anciennement Twitter), la formation politique a su imposer son récit et façonner l’opinion publique. Cependant, la dynamique a drastiquement changé et la forteresse numérique du pouvoir montre d’incontestables signes de vulnérabilité.

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L’élément le plus révélateur de ce rééquilibrage reste sans conteste l’émergence du mouvement Kiiraay-Les Patriotes Républicains. Venant combler un vide sur le terrain de la réplique directe, cette nouvelle force a investi les mêmes canaux digitaux autrefois verrouillés par PASTEF. En adoptant les codes, la réactivité et l’agressivité narrative du réseau patriote, Kiiraay démontre quotidiennement que le parti de Ousmane Sonko n’a plus l’exclusivité du militantisme numérique ni le contrôle absolu de la rue virtuelle.

Sur les réseaux sociaux, la bascule est désormais tangible pour les observateurs de la vie politique sénégalaise. La « parole publique » n’est plus confisquée par une seule sensibilité : chaque publication officielle, chaque décision gouvernementale et chaque prise de parole d’un responsable de PASTEF fait immédiatement l’objet de contre-analyses, de caricatures ou de recadrages systématiques par des cyber-militants tout aussi déterminés que leurs vis-à-vis.

Cette perte d’initiative numérique s’accompagne d’une reconfiguration profonde de la parole institutionnelle et gouvernementale. Aujourd’hui, la défense du pouvoir n’est plus portée de manière exclusive par les cadres historiques du parti ou par la jeunesse militante de la première heure. De nouvelles figures, venues d’horizons divers mais alliées du pouvoir, occupent désormais le devant de la scène médiatique pour imposer le tempo communicatif de l’Exécutif.

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Parmi ces personnalités devenues les véritables voix de la majorité, l’ancien ministre Mary Teuw Niane incarne à lui seul ce virage stratégique. Par son expérience, sa stature et sa maîtrise des joutes verbales, il s’est imposé comme un bouclier médiatique redoutable. Son rendez-vous hebdomadaire du dimanche est devenu un incontournable du paysage politique, un moment privilégié où il n’hésite pas à lancer des piques ciblées et acérées aux partisans de PASTEF, désorientant parfois la base historique du parti.

Pendant ce temps, l’opposition traditionnelle et les nouvelles forces d’opposition ont enfin trouvé la clé pour se faire entendre. Après une période d’hésitation et de repli face à la déferlante de la vague patriote, les adversaires politiques du pouvoir ont restructuré leur communication. Ils réinvestissent avec méthode les plateaux de télévision, les radios et les espaces digitaux, occupant l’espace média pour critiquer l’action gouvernementale et proposer un contre-récit audible.

Ce brouillage des cartes met en lumière une réalité fondamentale : la communication d’opposition ne s’improvise pas avec les mêmes méthodes lorsqu’on se retrouve aux manettes de l’État. Passer d’une rhétorique d’incrimination et de dénonciation virale à une communication de responsabilité gouvernementale s’avère être un exercice délicat, dans lequel les réflexes du passé peinent parfois à convaincre une population en attente de résultats concrets.

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Le danger est grand pour le parti de Ousmane Sonko, car au Sénégal, l’opinion publique s’est souvent forgée à l’intersection de la rue et des réseaux sociaux. Si PASTEF laisse s’installer l’idée qu’il ne maîtrise plus le débat d’idées ni la bataille de l’image, la rupture du lien émotionnel avec une jeunesse volatile pourrait s’accélérer, affaiblissant considérablement son socle électoral.

En perdant le monopole absolu de la parole publique et de la maîtrise des réseaux sociaux, PASTEF joue gros. La communication a été le carburant principal de son ascension fulgurante vers le pouvoir. Si cette machine vient à s’enrayer définitivement face à la poussée de Kiiraay, aux piques de ses propres alliés et au réveil de l’opposition, le parti de Sonko risque tout simplement de perdre son ancrage populaire et l’initiative politique.

 

La rédaction de Xibaaru

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