Élections territoriales : Le maire de Khombole alerte sur les risques d’un report ou d’un couplage des scrutins
Le maire de Khombole, Magueye Boye, tire la sonnette d’alarme sur l’incertitude entourant le calendrier des prochaines élections territoriales prévues en janvier 2027. Dans une tribune, l’élu territorial met en garde contre un report du scrutin ou un couplage avec d’autres élections, qu’il juge susceptible d’affaiblir la démocratie locale.
Le débat sur l’organisation des prochaines élections territoriales s’intensifie au Sénégal. Dans une tribune intitulée « Quand la respiration démocratique se distend, les territoires étouffent », le maire de la commune de Khombole, Magueye Boye, exprime ses inquiétudes face aux incertitudes qui entourent le calendrier électoral de janvier 2027.
Pour l’édile, le report des élections locales ou une modification de leur organisation ne saurait être considéré comme une simple décision administrative. Il y voit un risque pour l’équilibre démocratique et institutionnel du pays. « Reporter ou dénaturer des élections locales n’est pas un acte anodin. C’est une entorse à l’architecture constitutionnelle du Sénégal », affirme-t-il dans sa tribune.
Selon Magueye Boye, la démocratie repose sur des règles précises, notamment le respect des échéances électorales et le renouvellement régulier de la légitimité des représentants élus. « La démocratie n’est pas un principe décoratif. Elle est un ordre juridique vivant. Elle repose sur des règles précises, des échéances déterminées et un renouvellement périodique de la légitimité », écrit le maire de Khombole.
Au-delà de la question du report, Magueye Boye s’oppose à l’éventualité d’un couplage des élections territoriales avec d’autres scrutins, notamment des élections législatives anticipées. Pour lui, cette option, qui pourrait être présentée comme une mesure de rationalisation, comporte des risques importants sur le plan organisationnel et démocratique.
« Le couplage de scrutins présenté comme une rationalisation logistique est en réalité une bombe à fragmentation posée au cœur du processus démocratique », soutient-il.
Le maire rappelle que les élections territoriales impliquent déjà deux votes distincts pour les électeurs : le conseil municipal et le conseil départemental. Ajouter une troisième élection le même jour pourrait, selon lui, complexifier davantage le processus.
« Ajouter à ce double scrutin une élection législative, c’est porter à trois le nombre de votes à accomplir en une seule journée, dans un même bureau, parfois dans une même heure », explique-t-il. D’après lui, une telle configuration pourrait provoquer des difficultés pratiques dans les bureaux de vote, avec des files d’attente plus longues et un risque de découragement des électeurs.
« Ce n’est pas de la démocratie simplifiée. C’est de la démocratie étranglée par sa propre complexité », dénonce-t-il. Dans sa tribune, Magueye Boye aborde également le contexte politique national marqué par les tensions entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et le Premier ministre Ousmane Sonko.
L’élu estime que les collectivités territoriales ne doivent pas subir les conséquences des différends au sommet de l’État. « Diomaye et Sonko ont un différend. C’est leur affaire — et celle des institutions nationales compétentes pour le régler. Ce n’est en aucun cas l’affaire des conseillers municipaux de Khombole, de Ziguinchor, de Saint-Louis ou de Tambacounda », affirme-t-il.
Pour lui, la démocratie locale dispose de sa propre légitimité et ne devrait pas être conditionnée par les rapports de force politiques nationaux. « La décentralisation n’est pas un appendice de la politique nationale. Elle a sa propre temporalité, sa propre légitimité, ses propres règles », insiste-t-il.
Le maire de Khombole alerte également sur les conséquences concrètes qu’une prolongation des mandats locaux pourrait avoir sur le fonctionnement des collectivités. Selon lui, l’incertitude électorale pourrait affecter la gestion quotidienne des communes, ralentir certains projets et fragiliser la confiance entre citoyens et élus. « Quand le calendrier électoral se distend, ce ne sont pas des abstractions qui souffrent. Ce sont des communes concrètes, des budgets bloqués, des marchés suspendus, des partenariats fragilisés », souligne-t-il.
Il estime également qu’un report prolongé pourrait envoyer un mauvais signal aux citoyens quant à la place de leur vote dans le fonctionnement démocratique. « Le citoyen qui voit son élu se maintenir au-delà du mandat prévu, sans qu’il ait pu se prononcer, intègre silencieusement une leçon terrible : son vote n’est pas souverain. Il est toléré », écrit-il.
Tout en précisant ne pas s’exprimer dans une logique d’opposition au gouvernement ou à l’Assemblée nationale, Magueye Boye appelle les autorités compétentes à garantir le respect du calendrier électoral. « Je ne parle pas ici en adversaire du gouvernement ou de l’Assemblée nationale. Je parle en maire, en élu territorial, en républicain », précise-t-il.
Il invite ainsi les décideurs à organiser les élections territoriales dans les délais prévus et à éviter toute modification dictée par des considérations politiques. « Les règles de la démocratie ne doivent pas dépendre de la couleur des majorités, ni de l’état des relations entre deux personnalités au sommet de l’État. Elles doivent les précéder, les encadrer et leur survivre », conclut-il.