Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Amine appelle à une refondation des valeurs et de l’éducation
Invité de l’émission « Le Jury du dimanche » sur iRadio, Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Amine a livré une réflexion sur les défis auxquels la société sénégalaise est confrontée, insistant notamment sur la maîtrise de soi, la transmission des valeurs, l’éducation et la responsabilité des dirigeants.
Pour le guide religieux, la première victoire de l’être humain reste celle qu’il remporte sur lui-même. Il estime que chacun doit apprendre à maîtriser son orgueil, ses ambitions personnelles, ses réactions et ses excès. Cette exigence de dépassement de soi concerne également les responsables publics, qui doivent, selon lui, savoir prendre de la hauteur face aux critiques et aux provocations et privilégier constamment l’intérêt général.
Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Amine insiste également sur l’importance du pardon et de la capacité à ne pas répondre systématiquement aux attaques. Pour illustrer son propos, il évoque l’image d’une personne qui gravit un arbre tout en recevant des pierres lancées depuis le sol. S’arrêter pour riposter à chaque attaque l’empêcherait d’atteindre son objectif. À l’inverse, poursuivre son ascension permet progressivement de se mettre à l’abri des projectiles. Une métaphore qu’il applique notamment aux dirigeants politiques, religieux et économiques, appelés à rester concentrés sur leur mission malgré les controverses.
Cette attitude de maîtrise de soi doit, selon lui, s’appliquer particulièrement aux gouvernants. Diriger un pays implique d’accepter la critique et de ne pas répondre aux reproches par la confrontation. Le comportement des responsables influence nécessairement celui de leurs partisans. Dès lors, le « don de soi pour la patrie » ne devrait pas rester un simple slogan, mais se traduire par des décisions et des comportements orientés vers l’intérêt collectif.
L’éducation constitue également une source de préoccupation majeure. Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Amine estime que le Sénégal est aujourd’hui confronté à la coexistence de deux systèmes éducatifs qui évoluent davantage dans la concurrence que dans la complémentarité. Il appelle ainsi à une réflexion sur la cohérence du parcours éducatif des enfants et sur la nécessité de rapprocher les différentes approches de formation.
Il déplore par ailleurs une rupture dans la transmission des valeurs au cours des dernières décennies. Selon lui, cette fracture générationnelle contribue aux difficultés observées dans la société et pose la question de l’héritage moral, culturel et spirituel transmis aux jeunes.
Dans cette perspective, il rappelle que l’éducation religieuse ne saurait se limiter aux pratiques cultuelles. La tarbiyya doit également se traduire dans les comportements quotidiens, notamment par la probité, le respect d’autrui, la discipline et le sens des responsabilités. Pour lui, la foi doit ainsi dépasser les seuls actes rituels pour devenir une véritable manière de vivre.
À travers cette réflexion, Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Amine invite finalement à une réhabilitation de l’éducation et des valeurs comme fondements de la transformation sociale. Une transformation qui, selon lui, commence avant tout par une remise en question individuelle et par cette capacité à mener, chaque jour, le combat contre ses propres faiblesses.