De Pastef à l’APR…Kiiraay provoque une véritable saignée dans les partis
En multipliant les ralliements d’anciens cadres de l’APR et de déçus de PASTEF (Parti des Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité), le parti « Kiiraay-Les Patriotes républicains », porté par le président Bassirou Diomaye Faye, opère une véritable saignée dans la classe politique sénégalaise. Entre rupture d’anciennes alliances et recomposition des territoires, les états-majors traditionnels voient leurs bases s’effriter au profit d’une nouvelle dynamique présidentielle.

Initié par le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, le parti « Kiiraay, Les Patriotes Républicains » s’impose désormais comme un pôle d’attraction central. En multipliant les ralliements stratégiques, la formation présidentielle déstabilise les états-majors de l’ancienne majorité de l’Alliance pour la République (APR) tout autant qu’elle fragilise l’appareil territorial de Pastef.
L’adhésion marquante de Pape Mahawa Diouf illustre ce siphonnage au sein de l’ancien régime. L’ex-porte-parole de l’APR et ancien directeur général de l’ASPT sous la présidence de Macky Sall a officiellement rejoint Kiiraay. Invoquant la gravité du contexte sociopolitique et la nécessité de préserver l’unité nationale, le cadre républicain justifie sa démarche par une volonté de participer à la consolidation de l’État de droit portée par le président de la République.
Pour l’ancienne mouvance présidentielle, ce type de départ symbolise l’effritement progressif d’un appareil politique fragilisé par la perte du pouvoir en 2024. Kiiraay offre à ces responsables désireux de s’inscrire dans l’action républicaine un cadre de refondation institutionnelle, neutralisant au passage les capacités de remobilisation des partis d’opposition traditionnels.

Mais la saignée opérée par la nouvelle dynamique dépasse le cadre des opposants d’hier : elle touche de plein fouet les structures mêmes du Pastef. À Kaolack, la démission d’Ababacar Diagne, jusqu’alors coordonnateur adjoint du parti et responsable de la Jeunesse patriote sénégalaise (JPS), constitue un signal alarmant pour les partisans d’Ousmane Sonko. Militant de la première heure depuis 2016, il dénonce un manque de reconnaissance et une absence de considération de sa hiérarchie pour justifier son ralliement au parti présidentiel.
Cette vague de défections au sein des bases historiques de Pastef met en lumière un repositionnement d’acteurs de terrain qui privilégient désormais l’ancrage direct auprès de Bassirou Diomaye Faye. Ababacar Diagne, un des architectes des campagnes électorales victorieuses dans la région de Kaolack, entend poursuivre son engagement politique sans intermédiaire sous la bannière de Kiiraay.
Dans le même sillage, la défection de Diamé Signaté, directeur général de l’Agence de développement local (ADL), confirme l’extension de ce phénomène parmi les hauts cadres territoriaux. Bien qu’il garde un respect affiché pour son compagnonnage passé avec Ousmane Sonko, Diamé Signaté a acté sa transition vers les Patriotes républicains pour mettre son expertise du développement territorial au service de l’ambition présidentielle.

Cette attraction exercée par Kiiraay sur des profils technocratiques et des responsables d’ancrage local traduit une réorganisation profonde du pouvoir exécutif. Le mouvement présidentiel s’affirme comme une structure d’accueil pragmatique pour les cadres désireux de participer activement à la gouvernance publique, en dehors des arbitrages internes et des rigidités du parti originel.
À travers cette stratégie d’ouverture et d’agrégation de compétences diverses, la formation de Bassirou Diomaye Faye consolide son maillage territorial à l’approche des grands rendez-vous politiques. En attirant des personnalités disposant de réseaux militants établis, Kiiraay bâtit rapidement une implantation nationale transversale.
Alors que les annonces de ralliement se succèdent dans plusieurs départements, la cartographie politique sénégalaise continue de se redessiner. Entre l’affaiblissement continu des partis traditionnels et les ajustements au sein de la majorité issue de l’alternance, Kiiraay démontre que la recomposition du paysage politique s’opère désormais autour de l’initiative directe du chef de l’État.