Diomaye-Sonko…La précipitation électorale un piège politique pour Kiiraay
Dans le jeu d’échecs politique sénégalais, la tentation de l’émancipation rapide est souvent un venin séduisant. Alors que les rumeurs et les recompositions suggèrent la structuration d’une nouvelle force politique autour du président Bassirou Diomaye Faye, l’impulsion de mesurer immédiatement sa force électorale face au PASTEF (Parti des Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail l’Ethique et la Fraternité) se fait sentir chez certains stratèges du pouvoir. Pourtant, se précipiter dans une confrontation électorale directe avec le parti originel constituerait une erreur tactique majeure, risquant de compromettre prématurément l’avenir de cette nouvelle dynamique.

Il convient d’abord de rappeler une réalité incontournable aux tenants actuels du pouvoir : si une séparation politique devait s’incarner formellement, elle ne gommerait pas du jour au lendemain l’ancrage d’Ousmane Sonko. Le leader du Pastef continue de bénéficier d’une légitimité populaire profondément enracinée, bâtie au fil d’années de résistance et portée par une ferveur quasi affective au sein d’une jeunesse mobilisée. L’aura du Premier ministre reste un capital politique massif qu’aucun décret ni aucune prise de distance institutionnelle ne sauraient dissoudre à court terme.
Vouloir affronter le Pastef dans les urnes dès aujourd’hui reviendrait à sous-estimer la force d’inertie de cet élan populaire. Une compétition prématurée exposerait la nouvelle formation de Diomaye à un vote sanction de la part des sympathisants de la première heure, qui y verraient une rupture brutale avec l’esprit de la coalition initiale. L’enthousiasme partisan du Pastef, structuré et expérimenté dans la mobilisation de rue, écraserait aisément un appareil politique encore embryonnaire.
La priorité absolue du chef de l’État et de ses partisans doit donc être l’implantation méthodique et la consolidation de leurs assises sur l’ensemble du territoire national. Avant de songer à la bataille des urnes, cette nouvelle formation se doit de mailler les communes, de séduire les cadres régionaux, et d’installer des relais communautaires solides par tous les moyens politiques et citoyens disponibles. Une légitimité électorale ne s’improvise pas à partir des seuls palais de la République ; elle se bâtit patiemment au contact du terrain et des réalités locales.

Pour réussir cet enracinement, la nouvelle structure doit utiliser judicieusement le temps du mandat pour faire la preuve par l’action. C’est à travers des réalisations économiques tangibles, des réformes réussies et une gouvernance apaisée que le camp présidentiel pourra se créer une identité propre, distincte de la verve contestataire du Pastef. Séduire les électeurs indécis et déçus par les joutes politiciennes constitue la seule voie pour se constituer une réserve de voix indépendante et durable.
Parallèlement à cette phase de fortification interne, la stratégie exige de laisser s’opérer l’usure politique naturelle du Pastef. L’exercice de l’État, avec son lot de compromis, de contraintes budgétaires et de contestations sociales, finit inévitablement par altérer la pureté du discours d’opposition. En exposant le Pastef aux exigences du réel tout en évitant le choc frontal, la formation de Diomaye permettra à l’érosion naturelle du pouvoir de faire son œuvre.
C’est seulement en essoufflant politiquement le mouvement patriote, en laissant émerger ses contradictions internes et la fatigue de sa base, que le rapport de force pourra basculer. Vouloir renverser un géant politique au sommet de sa popularité est une illusion ; le conduire vers un épuisement graduel en l’obligeant à assumer seul les lourdeurs de la gestion publique est une stratégie éprouvée.

Le choix du calendrier sera donc le véritable juge de paix de cette recomposition. La nouvelle formation présidentielle doit résister à l’orgueil et aux appels du pied des partisans du choc immédiat. L’affrontement ne devra être engagé que lorsque l’appareil de Diomaye disposera d’une machine électorale rôdée, capable d’égaler la puissance militante de son rival, sur fond d’un Pastef affaibli par le temps et l’épreuve des faits.
La conquête d’une hégémonie politique propre ne se fera pas par un coup de force électoral précipité, mais par une discipline stratégique de long terme. C’est en renforçant patiemment ses bases, en matérialisant son bilan et en laissant le Pastef s’épuiser dans le théâtre du pouvoir que Bassirou Diomaye Faye et son parti pourront, le moment venu, lancer l’offensive décisive et s’imposer durablement.