Face à un PASTEF hostile…Al Aminou Lo réussit le test de la DPG sans plier
Pendant des heures d’exposé et d’échanges soutenus, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo s’est soumis à l’épreuve de la Déclaration de politique générale (DPG). Un exercice particulièrement délicat pour le chef du gouvernement, confronté à une Assemblée nationale dominée par la majorité PASTEF, dont il ne partage pas l’étiquette politique. Dans un hémicycle marqué par le scepticisme, les interpellations et une forte pression politique, le Premier ministre a choisi de faire face, défendant sa feuille de route sans se départir de son calme.

Sur le terrain technique, notamment sur les questions économiques et financières, Al Aminou Lo a pu compter sur son profil d’économiste et son expérience dans le secteur bancaire. Loin du format classique des longues déclarations solennelles, il a adopté un ton relativement direct et décontracté pour expliquer la situation macroéconomique du pays. Une approche qui lui a permis de répondre aux nombreuses sollicitations des députés avec des arguments chiffrés et une certaine maîtrise des dossiers. Si son intervention n’a pas toujours été spectaculaire sur le plan oratoire, sa technicité lui a servi de solide rempart face aux critiques.
Le diagnostic dressé par le chef du gouvernement a surtout porté sur l’état des finances publiques. Al Aminou Lo a décrit une situation financière fortement dégradée, marquée notamment par la détérioration de la signature du Sénégal et la baisse de ses notations auprès des agences internationales. Pour illustrer les mécanismes ayant conduit à cette situation, il a évoqué une forme de cavalerie budgétaire, allant jusqu’à parler d’un engrenage de type Ponzi, résumé dans une formule devenue l’une des plus marquantes de son intervention : « Soul bou kii, souli bou kii ».
Derrière le discours économique se dessinait cependant un enjeu éminemment politique. En présentant l’ajustement budgétaire comme une nécessité dictée par la situation des comptes publics, le Premier ministre a également placé la majorité parlementaire devant ses responsabilités. Les choix difficiles, les arbitrages budgétaires et les mesures potentiellement impopulaires devront désormais être assumés par tous. Une manière, pour Al Aminou Lo, de transférer une partie du poids politique de la crise sur les députés.

L’exercice était d’autant plus risqué que le contexte politique laissait planer la menace d’une motion de censure. Plusieurs voix avaient annoncé une confrontation frontale avec le gouvernement, faisant de cette DPG un véritable test de survie politique pour le Premier ministre. Mais au terme de la séance, aucune motion de défiance n’a finalement été mise en œuvre. Al Aminou Lo quitte ainsi l’hémicycle sans avoir été renversé, une première victoire politique au regard des tensions qui entouraient son passage devant les députés.
Pour autant, cette absence de motion de censure ne signifie pas que le Premier ministre a obtenu l’adhésion de la majorité parlementaire. Les échanges ont été marqués par de nombreuses critiques, des interruptions et des contestations portant aussi bien sur sa légitimité que sur les orientations économiques défendues par son gouvernement. Face à cette offensive, Al Aminou Lo a maintenu sa ligne, déroulant sa feuille de route et répondant aux attaques sans donner le sentiment de vouloir céder sous la pression.
La séance a également révélé une configuration institutionnelle singulière : celle d’un gouvernement confronté à une majorité parlementaire qui lui est politiquement liée, mais dont le Premier ministre ne constitue pas nécessairement la figure centrale. Cette situation impose au chef du gouvernement un exercice d’équilibriste permanent. Il lui faudra désormais convaincre une majorité qui peut soutenir l’action de l’exécutif tout en se montrant exigeante, voire critique, sur la conduite des affaires publiques.

Au-delà de la confrontation politique, cette DPG aura surtout permis de mesurer l’ampleur des défis auxquels le Sénégal est confronté. Le redressement des finances publiques, la restauration de la confiance des partenaires économiques, la maîtrise des dépenses et la relance de l’activité constituent autant de chantiers qui ne pourront être réglés par le seul exercice parlementaire. La rigueur du diagnostic devra désormais être suivie de résultats tangibles.
Al Aminou Lo sort donc de cette DPG avec un crédit politique provisoirement renforcé. Il a résisté aux attaques, défendu son programme et évité le scénario d’une motion de censure qui aurait pu fragiliser davantage son gouvernement. Mais cette résistance constitue davantage un point de départ qu’une victoire définitive. Le véritable verdict se jouera dans les prochains mois, à l’aune de sa capacité à transformer ses annonces en actes et à faire accepter aux Sénégalais les sacrifices qu’exige la situation économique du pays.