La « grande purge »…Diomaye efface l’emprise de Pastef sur l’exécutif
Le Conseil des ministres d’exception du jeudi 10 septembre 2026 restera gravé comme l’acte d’achèvement d’une grande recomposition au sommet de l’État. Quelques mois après le séisme politique provoqué par le limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature, la rupture entre les deux anciens alliés n’est plus seulement au cœur du débat public. En débarquant de manière chirurgicale les figures de proue du parti des Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité (PASTEF) des directions générales et des agences stratégiques, le président Bassirou Diomaye Faye applique une stratégie de nettoyage méthodique pour affirmer son autorité exclusive sur l’exécutif.

Dans la foulée de la démission forcée de l’ancien Premier ministre, l’entourage du chef de l’État n’a cessé de dénoncer la dualité du pouvoir et les blocages politiques qui en découlaient. La bataille politique de ces derniers mois entre la présidence républicaine et les caciques fidèles au projet initial de Pastef s’est déplacée du débat public vers l’administration. Ce déblaiement d’envergure démontre que le président de la République refuse désormais toute enclave partisane au sein de l’État qui répondrait directement aux consignes de la centrale de Pastef plutôt qu’aux directives du Palais.
Symbole de cette reprise en main frontale, le traitement réservé à la direction de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) illustre ce changement de doctrine. En décidant de soumettre le poste de Directeur général à une procédure d’appel à candidatures pilotée par le Bureau Organisation et Méthodes (BOM), la Présidence engage le processus de remplacement de Fadilou Keïta. En recourant aux critères d’une sélection technocratique, le chef de l’État met en place une démarche de gouvernance moderne axée sur le mérite tout en amorçant une recomposition managériale à la tête des leviers financiers de l’État.
Le même coup de balai s’est étendu à l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP), où la nomination de Cheikh Tidiane Sarr à la direction générale scelle la fin des hésitations au sommet de cet organe stratégique. L’ARTP, levier financier et technique majeur de régulation numérique, réintègre ainsi une ligne d’encadrement stricte sous contrôle présidentiel direct.

À travers la lecture des dizaines de nominations décidées ce 10 septembre, le paysage administratif sénégalais change de visage. De la SENELEC à la SONAGED, en passant par le Port autonome de Dakar, la SICAP ou l’AGEROUTE, chaque poste névralgique occupé par des cadres issus de la vague militante est réattribué à des inspecteurs d’État, des ingénieurs et des hauts fonctionnaires choisis pour leur légitimité professionnelle. La restructuration administrative prive le parti de ses principaux canaux d’influence et de redistribution.
Cette vague de réorganisations ne constitue pas un simple ajustement technique, mais la conséquence directe de la fracture survenue en mai 2026. L’ambition de Bassirou Diomaye Faye est claire : dissocier irrévocablement la fonction présidentielle du carcan de Pastef. En retirant les clés des agences de développement aux profils politiques pour les confier à des technocrates républicains, il neutralise toute velléité de contre-pouvoir administratif au sein de la haute fonction publique.
Pour les cadres de Pastef écartés les uns après les autres, le ressentiment grandit face à ce qu’ils qualifient en coulisses de désillusion politique. Cependant, la stratégie présidentielle s’abrite derrière une rhétorique implacable : la dépolitisation de la haute fonction publique et le retour aux compétences de métier. Le président utilise l’argument de la rigueur et de l’efficience pour rendre institutionnellement inattaquable le renouvellement des élites dirigeantes.

Le remodelage des organismes régionaux de développement, à l’image de l’ANRAC en Casamance ou du CICES, achève d’isoler les relais locaux du parti des budgets d’intervention sur le terrain. L’action publique est réalignée sur une trajectoire verticale maîtrisée depuis l’avenue Roume, tuant dans l’œuf toute tentative de résistance ou de gestion parallèle au service de l’agenda politique d’Ousmane Sonko.
En signant ces décrets de remplacement massifs, Bassirou Diomaye Faye ferme définitivement la parenthèse de la gouvernance partagée. Le Conseil des ministres du 10 septembre 2026 consacre ainsi un principe fondamental : le pouvoir d’État ne se divise pas. En effaçant la sphère Pastef de l’attelage gouvernemental, le chef de l’État a transformé sa rupture politique avec le Premier ministre limogé en une victoire administrative totale sur l’appareil de parti.