L’illusion du septennat…Diomaye doit éviter le piège des alliés «toxiques»
Alors que des voix au sein de la mouvance présidentielle réclament un retour au septennat, la tentative de rallonger le mandat de Bassirou Diomaye Faye suscite une vague d’indignation au Sénégal. Entre verrous constitutionnels et désapprobation populaire, le chef de l’État et ses alliés feraient bien de fermer la porte aux conseils nuisibles de certains alliés pour éviter de fragiliser sa propre légitimité.

Alors que le pays fait face à des défis économiques et sociaux urgents, une controverse inattendue s’est invitée dans le débat public : la tentation d’abandonner le quinquennat au profit d’un retour au mandat de sept ans. Une initiative portée par certaines voix de la mouvance présidentielle, mais qui sonne comme un dangereux faux pas pour le début de mandat du chef de l’État.
À l’origine de cette tempête de réactions, les prises de position répétées de certaines figures proches du pouvoir. Estimant qu’une durée de cinq ans serait insuffisante au regard des réalités économiques, ces derniers plaident ouvertement pour l’organisation d’un référendum. Un ballon de sonde perçu par une grande partie de l’opinion comme une manoeuvre maladroite pour prolonger le bail de Bassirou Diomaye Faye à la tête de l’État.
Face à la montée des tensions, la réplique du camp présidentiel ne s’est pas fait attendre par la voix d’Aminata Touré. L’ancienne Première ministre et représentante du chef de l’État a fermement rappelé que la Constitution fixe le cadre de manière rigide et incontestable : nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs de cinq ans. Une mise au point visant à fermer brutalement la parenthèse et à rassurer l’opinion sur les intentions réelles du président de la République.

Pourtant, le refus des alliés de la mouvance présidentielle de rétropédaler illustre un malaise plus profond. En persistant à affirmer que le débat « intéresse beaucoup de Sénégalais et sera posé », ces alliés font preuve d’une insubordination médiatique qui fragilise l’autorité du pouvoir. Loin de servir le chef de l’État, ces sorties intempestives alimentent l’idée d’un exécutif hésitant, tiraillé entre ses engagements constitutionnels et les appétits de son entourage.
Du côté de la société civile et de la classe politique, l’indignation est quasi unanime. Babacar Ba, coordonnateur du Forum du Justiciable, dénonce un débat « malsain » menaçant directement la cohésion nationale et réclame des poursuites pour trouble à l’ordre public. Même son de cloche chez Mamoudou Ibra Kane, leader du mouvement « Demain, c’est maintenant », qui y voit une vaste « entreprise de distraction massive » destinée à détourner les citoyens des véritables urgences sociales.
Sur le plan strictement juridique, l’idée d’une prolongation en cours de bail se heurte de toute façon à un mur. La durée du mandat figure parmi les clauses d’intangibilité de la Charte fondamentale, protégée par le principe d’éternité. De plus, la jurisprudence établie sous Macky Sall rappelle qu’un mandat accordé par le peuple souverain ne peut être modifié, rallongé ou réduit en cours d’exercice. Prétendre le contraire relève au mieux de l’amateurisme juridique, au pire du tripatouillage institutionnel.

Pour le président Bassirou Diomaye Faye, le danger ne vient pas tant de l’opposition que de sa propre compagnonnage. Écouter ces alliés aux conseils toxiques, mus par des calculs politiques étroits ou un zèle excessif, reviendrait à entacher la légitimité d’une élection acquise sur la promesse de la rupture et du respect des institutions. Le chef de l’État doit prendre garde à ne pas se laisser enfermer dans une bulle déconnectée des attentes populaires.
L’histoire politique récente du Sénégal a montré à quel point le peuple est intransigeant avec la manipulation des règles du jeu démocratique. Vouloir imposer le débat du septennat dans un contexte de marasme économique constitue une faute stratégique majeure qui risque d’aliéner la jeunesse et la société civile, moteurs de l’alternance. Il est urgent pour l’exécutif d’éteindre définitivement cette mèche avant qu’elle ne brûle le capital de confiance dont il dispose.
Le moment est donc venu pour le chef de l’État de faire preuve de fermeté et de siffler la fin de la récréation. Bassirou Diomaye Faye doit désavouer publiquement ces conseillers de l’ombre et recadrer ses troupes avec clarté. En recadrant fermement ces voix discordantes et en se concentrant exclusivement sur l’action gouvernementale, le président rappellera que sa priorité reste le redressement du pays, et non la prolongation artificielle du pouvoir.