Sénégal : Une opposition politique classique étouffée en panne d’idées (Nicolas Bassene)
L’histoire politique du Sénégal a été marquée par le dynamisme de son opposition avec des propositions d’offres alléchantes, un suivi et un contrôle de la gestion du pouvoir en place rigoureux et la divulgation des informations au peuple sous forme de dénonciation, d’alerte, de mis au point des dérives et manigances du régime. Aujourd’hui, depuis l’avènement de Sonko l’opposition politique au Sénégal tourne en dérision, se cherche entre prégnance du « Je », de l’attitude concasseuse des valeurs et du manque d’idées à formuler des offres programmatiques crédibles.
La politique au Sénégal a été marquée par des débat d’idées de hautes factures, par l’ancrage à une idéologie bien assumée et par des propositions d’offres programmatiques émises par des hommes et femmes de valeurs. Ces politiciens alliaient conviction, connaissance, détermination, résilience et pertinence. Ils parlaient au peule de la quintessence de leurs programmes, les transformations envisagées et les projets à mettre une fois élus. Cette posture faisait irradier leurs actions et activités de terrain.
Aujourd’hui, fort est de constater que cette race disparait ou s’amenuise cédant le pas à la médiocrité pour la majorité. Quiconque se lèvre crée son parti, fait son show médiatique, rallie sans vergogne ceux-là qu’ils critiquaient vivement pour des postes, pour l’intérêt de sa poche. C’est ce qui justifie que nous assistons à une opposition à la traine qui peine et qui se limite souvent à des critiques de surface souvent stériles et puériles. Par exemple le parti RV, son leader se cantonne toujours sur le cas ASER. Quant aux autres partis, le Rewmi, le PS, l’AFP, l’URD, le PIT, le And Jeuf PADS, ils se terrent et se muent dans un silence calculateur au moment où l’APR titube dans divisions internes et les contradictions stratégiques. Des partis tels qu’Agir, aux leaders sans carrure et sans charisme, utilisant les réseaux sociaux comme vitrine pour exister, sont dans la négation perpétuelle sans proposition concrète en quête du buzz. Au moment où le peuple croule sous le poids des difficultés économiques, de la cherté de la vie et autres maux sociaux auxquels nos politiciens devaient face en nous offrant une autre alternative, nos politiciens se distinguent par un désintéressement totalement pour ne s’attarder qu’à des querelles de chapelle politiciennes, à la calomnie infondée pour le plus souvent.
En vérité, notre opposition politique au Sénégal peine à s’imposer et à se démarquer car étouffée par la domination du Pastef. Ainsi, pour exister, elle a comme axe programmatique ou comme argumentaire de communication la personne de Sonko. Se faisant, elle met en place sans le savoir une « coalition informelle » de partis d’opposition traditionnels souffrant de l’absence de leaders sur le terrain capables de remobiliser l’électorat de manière autonome pour contrer l’influence jugée hégémonique d’Ousmane Sonko : le bloc anti-Sonko. À quoi parler de Sonko, de sa vie privée avancerait-il le pays ? Sonko est-il un axe programmatique pour un parti politique ?
Cette nouvelle reconfiguration politique relègue les partis d’opposition traditionnels au rang de simples spectateurs démontrant de facto qu’elle traverse une profonde crise de visibilité et de mobilisation. En continuant de cristalliser leurs efforts et leur énergie sur la personne de Sonko, elle s’éloignera d’avantage des citoyens. Pourtant, 2011-2012 devait leur servir d’exemple car au moment où les politiciens se rués à la place de l’obélisque, Macky Sall ayant compris parcourait le Sénégal, au moment où l’opposition criait à tu tête non au troisième mandat, Macky lui déclinait son programme au peuple. Au finish il a été élu.
In fine, l’opposition sénégalaise est prise au piège sans se rendre compte. Elle s’est décrébilisée face aux citoyens et elle est trop faible pour inquiéter seule le régime. Delà, une option se présente s’aligner sur l’une des deux factions d’un pouvoir : Pastef ou kiiray aux échéances à venir sinon la mort politique pour de bons.
Nicolas Silandibithe BASSÈNE