Ndiamé Sakho : « La souveraineté ne consiste pas à mourir seul et endetté »

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Après l’accord technique conclu entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) pour un programme de 36 mois d’environ 2,2 milliards de dollars, Ndiamé Sakho livre une lecture critique de la trajectoire économique du pays. Pour le philosophe et enseignant-chercheur, ce nouvel accord marque surtout le retour du Sénégal aux exigences de la réalité financière, après une période dominée par un discours de souveraineté et de rupture.

Dans son analyse, Ndiamé Sakho considère que l’accord conclu avec le FMI traduit une forme de réconciliation avec les réalités économiques et financières. Alors qu’en août 2025, Ousmane Sonko, alors Premier ministre, déclarait que « le Sénégal n’a pas besoin du FMI », le pays se retrouve désormais engagé dans un nouveau programme avec l’institution financière internationale.

Pour Ndiamé Sakho, le problème ne réside pas dans la volonté de souveraineté, mais dans la confusion entre souveraineté et autosuffisance. Un État souverain, rappelle-t-il dans son analyse, peut négocier avec le FMI, emprunter et accepter certaines contraintes. La véritable souveraineté suppose notamment la capacité de payer ses dettes, de maîtriser ses comptes et d’inspirer confiance aux créanciers.

L’analyse revient également sur le précédent programme du FMI, d’un montant de 1,8 milliard de dollars, suspendu après la découverte de plus de 11 milliards de dollars de dette non déclarée. La dette publique était alors estimée à environ 132 % du PIB à fin 2024.

Durant la période où Ousmane Sonko occupait les fonctions de Premier ministre, les ambitions affichées reposaient notamment sur la rupture, la transformation systémique, le financement endogène et la réduction de la dépendance extérieure. L’objectif affiché était de financer davantage les projets à partir des ressources nationales et de réduire fortement le recours aux financements extérieurs.

Mais, selon Ndiamé Sakho, les besoins considérables de financement, le poids de la dette et le coût des financements extérieurs ont progressivement confronté ces ambitions aux contraintes de la réalité financière. « On a maquillé les comptes, suspendu les programmes… », écrit-il notamment dans son analyse, pour décrire cette période qu’il qualifie de « cavale financière ».

Dans cette nouvelle séquence, Ndiamé Sakho salue l’attitude du président Bassirou Diomaye Faye et du ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, ainsi que leur équipe économique, pour avoir choisi de faire face à la réalité. À ses yeux, la fiabilité des données financières et la restauration de la crédibilité constituent des conditions essentielles pour engager de nouvelles négociations avec les partenaires financiers. « La transparence n’est pas une faiblesse, elle est la première condition de la puissance », souligne-t-il.

L’accord avec le FMI, d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars, ne constitue toutefois pas, selon lui, une victoire financière définitive. Il représente plutôt « une bouée de sauvetage, une bouffée d’oxygène, une chance de redressement ». Le programme doit notamment permettre de restaurer la soutenabilité de la dette et s’inscrit dans un processus de restructuration sous l’égide du Cadre commun renforcé du G20.

Pour Ndiamé Sakho, l’enjeu de cet accord dépasse donc la seule question du financement. « Le Sénégal n’a pas simplement obtenu de l’argent ; il a obtenu du temps », estime-t-il. Ce temps devra, selon son analyse, être mis à profit pour engager une transformation durable de l’économie. Il s’agit notamment de produire davantage, d’exporter plus, d’industrialiser, d’améliorer la productivité, d’élargir l’assiette fiscale, de développer les petites et moyennes entreprises et de transformer la jeunesse en force productive. L’économiste philosophe résume cette dynamique par une chaîne : « formation, emploi, production, investissement, croissance, recettes fiscales, désendettement ».

Dans cette perspective, la souveraineté ne saurait être réduite à un discours politique ou à une volonté de s’affranchir de tout partenaire extérieur. Elle se mesure aussi à la capacité d’un État à disposer des marges de manœuvre financières nécessaires pour faire ses propres choix.

C’est dans ce sens que Ndiamé Sakho estime que les 2,2 milliards de dollars du FMI peuvent paradoxalement constituer une étape vers davantage de souveraineté, à condition que cette fenêtre soit utilisée pour sortir progressivement de la dépendance.

La leçon politique qu’il tire de cette séquence est également claire : il est plus facile de promettre la rupture dans l’opposition que de gérer les conséquences une fois au pouvoir. « Le pouvoir est le moment où les slogans rencontrent les factures, où les promesses rencontrent les échéances, où la philosophie politique doit se soumettre à l’arithmétique budgétaire », écrit-il.

Pour Ndiamé Sakho, le Sénégal doit désormais utiliser cette nouvelle marge de respiration pour reconstruire durablement ses bases économiques et financières. Il ne s’agit donc ni d’avoir honte du recours au FMI ni de célébrer l’accord comme une victoire définitive. L’essentiel est de tirer profit de cette période pour remettre l’économie sur une trajectoire durable. « Il existe deux souverainetés : la première se proclame, la seconde se construit », conclut-il. Et de résumer sa lecture de la situation en une formule : « La cavale est terminée. Le réel est revenu. »

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