Éjection des DG de Pastef…Le Président Diomaye face au piège du «système»
Le paysage institutionnel sénégalais a été secoué par une vague de nominations d’une ampleur inédite lors du dernier Conseil des ministres. Par une série de décrets, le Président Bassirou Diomaye Faye a procédé au remplacement de nombreux directeurs généraux et présidents de conseils d’administration, évincant ainsi des figures de premier plan étroitement liées au parti Pastef (Parti des Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité). Ces mouvements, intervenant dans un climat politique de plus en plus tendu, marquent une étape décisive dans la reconfiguration de l’appareil d’État.

Le caractère simultané de ces changements ne laisse place à aucune équivoque sur leur portée politique. Des structures stratégiques comme la Société des mines du Sénégal (SOMISEN), la Loterie nationale sénégalaise (LONASE), PETROSEN ou encore la Délégation générale à l’Entreprenariat rapide (DER/FJ) voient leurs têtes de proue renouvelées. Des profils militants, qui avaient été propulsés à ces postes clés au lendemain de l’accession au pouvoir du tandem Diomaye-Sonko, ont été écartés au profit d’experts techniques et de cadres issus de différents horizons administratifs.
Cette séquence fait suite à une période de turbulences marquée par des démissions en cascade au sein de l’administration de personnes fidèles à Ousmane Sonko, cristallisant la rupture consommée entre le Président de la République et sa formation politique d’origine. Des départs volontaires, tels que celui de l’ex-Directeur général des Archives du Sénégal ou du responsable du Musée des civilisations noires, avaient déjà fragilisé la cohésion de l’équipe dirigeante, poussant le chef de l’État à agir avec célérité pour assurer la continuité du service public.
Au-delà de la simple gestion des ressources humaines, ces décisions traduisent une volonté manifeste du Président de s’affranchir d’une tutelle partisane. En remplaçant ces cadres par des profils aux expertises pointues (ingénieurs, fiscalistes ou juristes confirmés) l’exécutif semble vouloir privilégier une approche technocratique de la gouvernance, loin des contingences politiques qui ont longtemps dicté les nominations au sein des sphères dirigeantes sénégalaises.

Toutefois, cette nouvelle orientation soulève des interrogations légitimes sur la trajectoire du « Projet ». Si le besoin d’efficacité administrative est indéniable, le Président doit rester vigilant quant à la nature des profils promus. Le peuple sénégalais, par son vote massif lors des dernières échéances, a exprimé une soif profonde de rupture et de changement. Il attend de ses dirigeants qu’ils incarnent une gouvernance vertueuse et en rupture avec les pratiques clientélistes et les méthodes héritées de l’ancien système.
Il est impératif que le chef de l’État évite l’écueil de la simple reproduction des hommes du système. Confier la gestion des leviers stratégiques de l’État à des personnalités dont l’ancrage dans les réseaux de l’ancien régime reste perçu comme problématique par l’opinion publique serait un risque majeur. Une telle politique pourrait être interprétée comme une trahison des aspirations populaires, risquant ainsi de fragiliser davantage le socle de confiance entre le citoyen et les institutions.
Le Président Diomaye s trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. S’il est dans son droit constitutionnel de choisir ses collaborateurs, il porte également la responsabilité historique de ne pas décevoir l’espoir de transformation qui a porté son élection. La priorité doit demeurer la sélection de profils intègres, compétents et, surtout, véritablement imprégnés de la culture de la redevabilité et du changement promis aux Sénégalais.

La réussite de ce mandat dépendra, en grande partie, de la capacité du Président à conjuguer technicité et loyauté envers la vision de rupture qui a fondé son accession au pouvoir. Le remplacement d’un appareil par un autre, s’il s’apparente à une « re-systémisation », pourrait s’avérer contre-productif. Il est donc crucial que les nominations à venir soient guidées par une éthique irréprochable et un souci constant de servir l’intérêt supérieur de la Nation.
Cette recomposition de l’administration est un test de maturité pour le Président. En cherchant à pacifier son administration, il doit veiller à ce que la technocratie ne devienne pas le paravent d’un retour aux habitudes passées. Le Président Bassirou Diomaye Faye doit, en somme, transformer cette séquence de crise en une opportunité de démontrer que le changement promis est toujours au cœur de son action, en plaçant le mérite et l’intégrité au-dessus des calculs de systèmes révolus.