Du déni interne au choc de réalité…cette grosse erreur qui risque de perdre Pastef
Alors que les démissions au sein du Pastef (Parti des Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité) se multiplient au profit de la coalition Diomaye Président, la direction du parti tente de minimiser le phénomène en évoquant une mise en scène médiatique et en mettant en avant le succès de sa campagne d’adhésion. Pourtant, opposer la quantité militante à la qualité de l’encadrement politique est un calcul risqué. Entre cécité stratégique et agressivité des sympathisants sur les réseaux sociaux, Pastef s’expose à une usure précoce de son capital de sympathie s’il refuse d’opérer un diagnostic interne lucide.

L’ancien ministre et député de Pastef, Amadou Ba, a récemment tenté de dédramatiser la vague de départs qui touche les rangs de Pastef au profit de la coalition Diomaye Président. Selon lui, la médiatisation au compte-gouttes de ces démissions relèverait d’une mise en scène orchestrée pour gonfler artificiellement une « déferlante fantaisiste » et éclipser la campagne de vente des cartes du parti. Pourtant, réduire ces départs à un simple artifice de communication ou à une banale querelle de postes est une grille de lecture particulièrement périlleuse. Minimiser l’impact politique de ces ruptures constitue une erreur stratégique qui pourrait s’avérer lourde de conséquences.
L’argument consistant à opposer une poignée de démissionnaires, estimée à moins d’une centaine par les responsables du parti, face à un objectif d’un million d’adhérents relève d’une confusion entre la masse et l’encadrement. Un parti politique ne vit pas uniquement de sa base militante ; il s’appuie sur des figures relais, des cadres techniques, des figures locales et des leaders d’opinion. Perdre des ministres, des directeurs généraux ou des responsables de l’appareil, c’est affaiblir l’ossature organisationnelle du parti et fragiliser son ancrage territorial.
Même si l’annonce quotidienne de ces départs fait partie d’un calendrier politique calculé par les dissidents, le résultat concret sur l’opinion publique reste le même : une impression d’effritement continu. En politique, la perception devient souvent la réalité. À force d’ignorer la symbolique de ces départs successifs sous prétexte qu’ils sont numériquement minoritaires, Pastef laisse le récit politique être écrit par ses adversaires et s’expose à une usure précoce de son image d’unité.

S’abriter derrière le succès de la vente des cartes de membres pour balayer du revers de la main la crise interne est un leurre. Une adhésion de masse témoigne certes d’un engouement populaire, mais elle ne garantit en rien la cohésion interne ni la discipline de vote lors des échéances décisives. Si l’hémorragie au sommet se poursuit sans remise en question, le parti risque de se retrouver structuré comme un colosse aux pieds d’argile : fort de ses chiffres, mais incapable de retenir ses forces vives.
Un autre front menace directement l’avenir du parti : l’attitude belliqueuse d’une partie de ses sympathisants sur les plateformes numériques. L’habitude prise par certains militants de « tirer à tout va » sur chaque démissionnaire, en les qualifiant de traîtres ou d’opportunistes, est hautement contre-productive. Cette agressivité systématique égratigne sérieusement le capital de sympathie dont bénéficiait la formation politique auprès des citoyens modérés et des indécis.
En adoptant une posture d’hostilité permanente envers ceux qui choisissent de quitter le navire, la communauté virtuelle du parti renvoie l’image d’un mouvement intolérant à la divergence. Ce comportement ne retient personne et repousse au contraire les nouveaux sympathisants potentiels. À terme, ce climat d’invectives isole le parti et transforme une simple divergence politique en un fossé d’incompréhension avec une frange importante de l’opinion publique.

Plutôt que d’attendre que la liste des postes étatiques à distribuer s’épuise pour espérer la fin des démissions, la direction du parti devrait s’interroger sur les causes profondes de cette vague de départs. Pourquoi des cadres de première heure choisissent-ils aujourd’hui de rejoindre d’autres espaces politiques ? Nier l’existence d’un malaise interne n’a jamais permis de le résoudre, et retarder ce diagnostic ne fera qu’aggraver les fractures existantes.
Il est urgent pour les leaders de Pastef d’appeler leurs militants et relais d’opinion au calme et à la retenue. La meilleure réponse à une démission n’est ni l’insulte, ni le dénigrement ad hominem, mais le respect des choix individuels et la démonstration de sa propre maturité politique. Souhaiter bonne chance aux partants sans animosité et recentrer le débat sur le projet de société est la seule posture capable de préserver le capital moral du mouvement.
En refusant de tirer les enseignements de ces signalements répétés, Pastef prend le risque de foncer tout droit dans le mur. Le succès populaire et l’enthousiasme du terrain sont des atouts précieux, mais ils ne remplacent pas une gestion politique éclairée des ressources humaines et du climat d’opinion. Il est encore temps de corriger le tir, de faire preuve d’humilité et d’apaiser le discours public avant que l’addition politique ne devienne insurmontable.