Le naufrage du navire « marron-beige »…Qui pour sauver l’APR de l’extinction ?

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​La traversée du désert s’avère bien plus aride et sombre que prévu pour l’Alliance Pour la République (APR). Depuis sa chute retentissante lors de la dernière présidentielle et la perte du pouvoir exécutif, la formation politique s’enfonce progressivement dans une crise existentielle profonde. Privé des leviers institutionnels et des ressources de l’État qui faisaient autrefois sa cohésion, le parti marron-beige donne aujourd’hui l’impression de flotter à la dérive, spectateur impuissant de son propre déclin face à la nouvelle dynamique politique impulsée par le pouvoir en place.

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Le symptôme le plus éclatant de cette décomposition réside dans l’hémorragie incessante de ses cadres. Les démissions et prises de distance se succèdent à un rythme inquiétant, illustrant un sentiment d’abandon généralisé. Les récents départs d’Oumar Boun Khatab Sylla, ancien Directeur général de Dakar Dem Dikk, et surtout de l’ancien ministre Abdoulaye Seydou Sow, qui vient d’officialiser sa rupture pour lancer son propre mouvement, le « Pacte Républicain », confirment une tendance visible : celle d’une élite technocratique et politique qui prend ses distances.

Ce vide s’explique avant tout par une absence de leadership incarné et opérationnel au quotidien. Depuis la perte du pouvoir et l’éloignement de son fondateur, Macky Sall, l’APR souffre d’un déficit criant de figures capables de porter la réplique, d’incarner une opposition ferme mais constructive et de mobiliser les troupes démoralisées. Les frustrations internes s’accumulent chez les cadres délaissés, dénonçant un parti où les décisions se prennent en comité restreint sans concertation, ce qui laisse un boulevard à la majorité en place et réduit l’APR à des réactions sporadiques plutôt qu’à une force d’alternative structurée.

Pour espérer sauver le parti et stopper cette dynamique d’effondrement, la première urgence absolue est d’opérer une véritable refondation idéologique et organisationnelle. L’APR s’est trop longtemps reposée sur une logique d’appareil d’État et de gestion du pouvoir au détriment de l’animation militante. L’heure est venue de réunir un congrès extraordinaire ou des assises nationales afin d’évaluer lucidement les causes de la défaite, de renouveler les instances dirigeantes et d’offrir une ligne politique claire, libérée du traumatisme de la déchéance présidentielle.

APR Alliance pour la Republique

Sauver l’APR passe également par l’émergence rapide d’une nouvelle génération de leaders. Le parti ne pourra pas se reconstruire en comptant uniquement sur les ténors d’hier, souvent associés dans l’opinion publique au bilan contesté de la fin de règne ou fragilisés par des enjeux judiciaires et politiques. Il est impératif de promouvoir de nouveaux visages issus de la jeunesse, des cadres intermédiaires et des collectivités locales, capables d’apporter un discours neuf, de la poigne et une crédibilité réinventée face aux attaques de la nouvelle majorité.

Un autre chantier primordial réside dans la réorganisation de la communication et de l’action de terrain. L’APR doit réapprendre les exigences et la discipline du travail d’opposition. Cela implique de restaurer un maillage territorial efficace, d’écouter les bases militantes trop longtemps négligées et de construire des propositions alternatives concrètes sur les sujets de préoccupation quotidienne des Sénégalais (cherté de la vie, emploi des jeunes, gouvernance). Une opposition muette ou uniquement réactive est vouée à l’invisibilité politique.

Sur le plan stratégique, le parti devra sortir de son isolement en bâtissant des alliances intelligentes et cohérentes. L’APR ne pourra faire face seule à la déferlante du pouvoir actuel et du PASTEF (Parti des Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité). La création de coalitions d’opposition solides et la recherche de convergences avec d’autres forces politiques déçues ou marginalisées constituent une étape incontournable pour rééquilibrer le rapport de force politique, notamment dans la perspective des prochaines échéances électorales nationales et locales.

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L’histoire politique du Sénégal enseigne qu’aucun grand parti n’est immortel, mais qu’aucune défaite n’est définitive pour qui sait se réinventer. Le Parti Socialiste (PS) et le Parti Démocratique Sénégalais (PDS) ont tous deux traversé ces zones de turbulences après la perte du pouvoir. L’APR se trouve aujourd’hui exactement au même carrefour critique : soit elle accepte d’engager une mutation douloureuse mais salvatrice, soit elle se condamne à la marginalisation définitive et au morcellement.

Le temps presse pour les responsables encore fidèles au projet apériste. Si le sursaut d’orgueil et la restructuration interne ne sont pas enclenchés rapidement, les départs retentissants ne seront que le prélude d’une longue série de déserteurs, scellant ainsi l’acte de décès politique d’un parti qui a régné pendant plus d’une décennie. La balle est désormais dans le camp de ceux qui refusent de voir la lampe de l’APR s’éteindre définitivement.

La rédaction de Xibaaru

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