Le référendum constitutionnel…un nouveau « front » entre Diomaye et Sonko

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L’adoption, ce lundi 29 juin 2026, de la proposition de révision constitutionnelle par l’Assemblée nationale a instantanément plongé le Sénégal dans une zone de fortes turbulences politiques. À l’origine de cette tempête, la décision du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, de soumettre le texte au référendum populaire plutôt que de procéder à sa promulgation directe. Annoncée à l’hémicycle par le ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, cette option exécutive marque une rupture brutale dans l’agenda législatif et ravive les tensions au sommet de l’État.

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Face à cette initiative présidentielle, la réaction d’Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et leader de PASTEF, ne s’est pas fait attendre. Visiblement déterminé, il a dénoncé un tripatouillage venant du chef de l’État, qu’il accuse d’avoir arbitrairement écarté des dispositions clés issues des travaux techniques, notamment l’interdiction pour le président de diriger un parti. Revendiquant la légitimité du « pouvoir constituant » qui s’est exprimé par le vote des députés, Ousmane Sonko exige une « promulgation, simplement et purement » et écarte l’idée d’un référendum qu’il qualifie de « tempête dans un verre d’eau ».

Pour justifier le passage en force parlementaire, le camp de Sonko s’appuie sur une lecture spécifique du droit, affirmant qu’un vote à la majorité qualifiée des trois cinquièmes de l’Assemblée vaut une approbation définitive. Cependant, cette posture est rigoureusement battue en brèche par plusieurs experts juridiques et observateurs de la scène publique. Le journaliste Ayoba Faye a promptement recadré le débat en rappelant que la proposition émanant des députés est strictement encadrée par l’alinéa 3 de l’article 103, lequel « renvoie la décision au président de la République de la soumettre au référendum ou de la promulguer », contredisant ainsi la théorie de l’approbation automatique.

Une analyse qui va dans le sens de celle de l’avocat Souleymane Soumaré, qui soutient sur sa page Facebook que « jamais le Conseil constitutionnel n’a dit que tout projet ou proposition de révision constitutionnelle adoptée au 3/5 de l’Assemblée nationale ne nécessite pas l’approbation par référendum ». Selon l’expert, la jurisprudence de 2006 invoquée par les soutiens de Sonko ne s’applique qu’au cas spécifique où le président exprime explicitement par décret sa volonté de contourner la voie référendaire. En l’espèce, la volonté du président Faye étant inverse, le recours au peuple demeure la règle constitutionnelle absolue.

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L’Assemblée nationale

La robe noire égratigne également la régularité des débats parlementaires, pointant du doigt le refus de l’Assemblée d’acter le « vote bloqué » réclamé par l’exécutif pour neutraliser les amendements des députés. Rappelant les dispositions de l’article 82, l’avocat affirme que « la constitution ne fait pas au demeurant de distinction entre amendement d’une loi constitutionnelle ou amendement d’une loi ordinaire ». En ignorant cette prérogative gouvernementale, la procédure législative s’expose, selon lui, à une censure probable du Conseil constitutionnel, si ce dernier venait à être saisi par le chef de l’État ou par une minorité de députés.

Au-delà de la stricte bataille de chiffonniers juridiques, le choix de la voie référendaire par le président Diomaye Faye s’apparente à un coup d’arrêt stratégique majeur pour les ambitions de PASTEF. En renvoyant le texte devant le peuple, l’exécutif gèle de facto l’application immédiate des réformes structurelles portées par le parti au pouvoir. Ce long processus électoral, lourd et incertain, risque d’enclaver l’action législative et de reporter sine die les grands chantiers de rupture promis par la formation souverainiste lors de la présidentielle.

Cet arbitrage technique cache à peine l’ouverture d’un nouveau front, désormais ouvert et frontal, entre les deux figures de proue de l’exécutif sénégalais. Les piques d’Ousmane Sonko à l’égard du chef de l’État témoignent d’une rupture de confiance profonde : « Qu’est-ce qui a changé ? Qu’est-ce qui est arrivé à notre petit frère et président de la République ? », s’est-il interrogé publiquement. En fustigeant le revirement du président qui, après avoir démissionné de son poste de secrétaire général de PASTEF pour « être au-dessus de la mêlée », souhaite aujourd’hui maintenir la tradition de cumul des fonctions, Sonko acte la fin de l’harmonie de façade.

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Malgré la gravité de cette dissension au sommet, le président de la Chambre basse a tenu à lancer un message de fermeté et de sérénité à l’opinion publique, excluant tout risque de déstabilisation du pays. Assurant que le parti dispose de la popularité et du soutien de la jeunesse nécessaires pour traverser cette crise, il a martelé : « Rien ne bougera. Nous sommes gardiens et garants ». Une posture de défiance qui place néanmoins les institutions de la République dans une inconfortable situation d’attente.

Alors que le Conseil constitutionnel pourrait être appelé à arbitrer ce conflit de compétences inédit, le climat politique reste lourd d’incertitudes. 

La rédaction de Xibaaru

 

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