DPG d’Al Aminou Lô : Le Pr Falilou Coundoul attend des résultats, pas de nouvelles promesses
La Déclaration de politique générale d’Ahmadou Al Aminou Lô est scrutée avec attention. Pour le Pr Falilou Coundoul, cette échéance doit surtout être l’occasion de clarifier la méthode et de mesurer les résultats de l’action gouvernementale engagée depuis 2024.
Dans une tribune consacrée à la DPG, l’universitaire estime que le nouveau Premier ministre ne part pas d’une feuille blanche. Les grandes orientations du pouvoir ont déjà été définies dans la précédente DPG, prononcée par Ousmane Sonko le 27 décembre 2024, ainsi que dans l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ».
Dès lors, le Pr Coundoul attend moins de nouvelles annonces que des réponses concrètes sur la manière dont le gouvernement entend mettre en œuvre ses engagements. « La DPG ne devra donc pas seulement nous dire ce que le gouvernement Lô veut faire, mais avec quels moyens, dans quels délais et au prix de quels arbitrages », souligne-t-il.
Pour l’universitaire, la première attente concerne le bilan de l’action gouvernementale depuis 2024. Il estime nécessaire de distinguer clairement ce qui a été réalisé, ce qui est en cours, ce qui accuse du retard et ce qui n’a pas produit les résultats escomptés.
Cette question revêt une importance particulière, selon lui, compte tenu des fonctions précédemment exercées par Ahmadou Al Aminou Lô. Avant sa nomination à la Primature, celui-ci était chargé du suivi, du pilotage et de l’évaluation de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ». Le Pr Coundoul considère donc que le nouveau chef du gouvernement dispose d’une connaissance directe des objectifs fixés et des résultats obtenus.
Autre exigence : la définition de priorités clairement identifiées. Pour le Pr Coundoul, l’action gouvernementale ne peut pas reposer sur une accumulation d’engagements. « Gouverner, ce n’est pas promettre de tout faire en même temps. C’est choisir, hiérarchiser, financer et parfois différer », estime-t-il.
Il plaide ainsi pour des engagements chiffrés, financés et assortis de délais précis. Une méthode qui permettrait, selon lui, de mesurer plus facilement les performances du gouvernement et de demander des comptes en cas de retard.
Mais derrière la question de l’efficacité se pose également celle de la justice sociale. Le redressement des finances publiques est jugé nécessaire par le Pr Coundoul. Il estime toutefois que l’effort ne doit pas peser de manière disproportionnée sur les ménages modestes.
La création de richesse, ajoute-t-il, doit également se traduire par des emplois et par une amélioration des services publics. Quant à l’investissement privé, il doit être encouragé dans un cadre permettant à l’État de préserver l’intérêt général et de réduire les inégalités. « C’est cette articulation entre efficacité économique et justice sociale que je défends », affirme-t-il.
Lors de sa nomination, Ahmadou Al Aminou Lô avait présenté son arrivée à la Primature comme un changement de méthode plutôt qu’un changement de cap. C’est précisément sur ce terrain que le Pr Coundoul entend évaluer le nouveau gouvernement. Il souhaite notamment savoir comment les ministres seront évalués, quels indicateurs permettront de mesurer l’efficacité des politiques publiques et qui devra répondre des retards ou des échecs.
Pour lui, le changement de méthode doit également permettre d’accélérer les arbitrages et de concilier le respect des procédures administratives avec l’exigence de résultats. Au-delà des grandes orientations économiques et institutionnelles, le Pr Coundoul invite le Premier ministre à revenir aux préoccupations quotidiennes des Sénégalais.
L’emploi des jeunes, le revenu des ménages, le coût de l’eau et de l’électricité, l’accès au financement pour les entreprises, mais aussi la qualité de l’école, de l’hôpital et des services publics figurent parmi les principaux sujets qu’il souhaite voir abordés. « Le pragmatisme exige des résultats ; la social-démocratie exige que ces résultats améliorent la vie collective et réduisent les inégalités injustes », écrit-il.
Après plusieurs décennies d’expérience politique et dix-sept chefs de gouvernement depuis l’indépendance, le Pr Coundoul estime que le Sénégal dispose déjà de nombreuses visions, plans et programmes. L’enjeu serait désormais de passer à une logique davantage centrée sur l’exécution et l’évaluation. Il appelle ainsi à l’avènement d’un « temps des promesses mesurables », dans lequel les engagements gouvernementaux seraient accompagnés d’objectifs précis, de moyens identifiés et d’échéances vérifiables.
Au final, la DPG d’Ahmadou Al Aminou Lô sera, selon cette lecture, moins jugée sur le nombre d’annonces que sur la capacité du gouvernement à expliquer comment il compte les réaliser. Pour le Pr Falilou Coundoul, la nouvelle méthode annoncée devra donc se traduire par quatre exigences : rendre compte, prioriser, arbitrer et réaliser. C’est sur cette base qu’il entend juger l’action du nouveau gouvernement.